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Comme on l'a vu dans la première partie, la "Révolution libérale" s'inscrit en France particulièrement dans un processus long d'affaiblissement de l'Etat Jacobin à travers le mécanisme de la construction européenne. On y retrouve ainsi un mélange de deux débats fondamentaux : l'opposition Montagnards-Girondins qui fractura la Révolution française mais fonda la République et la fracture souverainisme-fédéralisme, plus récente, dont les contours sont bien plus complexes que ne le laisse entendre la doxa médiatique.

On a également constaté que le tournant des années 70 s'est fait avec Giscard d'Estaing et Raymond Barre, centristes libéraux et partisans d'une Europe fédérale. Le prix Nobel d'économie, Maurice Allais, place en debut des années 70 le fléchissement de la croissance et la décroissance des emplois industriels ; le tableau ci-dessous montre bien que depuis 1973 la courbe exprimant le  PIB en euro constants suit une pente assez régulière, par contre celle représentant le montant de la dette en euros constants peut être décomposée en quatre morceaux successifs marquant chaque fois une nouvelle accélération : 1980-1992, 1992-2001, 2001-2007,  2007-2013 ; il n'est pas étonnant d'observer que les dates charnières correspondent à des évènements européens ou mondiaux : SME en 1979, traité de Maastricht en 1992, passage à l'euro 2000-2002 et début de la crise des subprimes en 2007. Bien entendu, il n'est pas question d'attribuer à la construction européenne la source de tous les maux mais elle en a indéniablement constitué un facteur d'accélération.

 

 

dette-france.gif

Le diagramme suivant de l'INSEE montre de façon encore plus précise les quatre phases séparées par une période de récession.

 

  croissance-pib.gif

 

Au niveau européen l'Union douanière intervient en juillet 1968 sous le gouvernement Pompidou ; le Marché Unique n'est réalisé qu'à partir de 1993. Les parcours croisés de trois hauts fonctionnaires, Jean Yves Haberer,  Michel et Georges Pébereau, durant cette période  illustrent bien le fonctionnement  du système à la française puis ses dérives.

Le premier, plus ancien, devient conseiller technique en 1966 de Michel Debré, alors ministre de l'Economie et il est l'instigateur de la restructuration du secteur financier nationalisé créant alors la BNP,  l'UAP, les AGF et le Gan. Il participe à l'établissement de la loi Pompidou-Rotschild et à l'élaboration de l'emprunt-or Giscard ; Il est Directeur du Trésor en 1978 sous Giscard lors de la mise en place du SME et restera dans le haute fonction publique après 1981. Il devient président de la banque fraichement nationalisée Paribas en 1982.

Le second, Michel Pébereau, X-ENA, travaille dans le Ministère de l'Economie et des Finances de 1970 à 1982. Il est notamment  conseiller technique de Giscard alors Ministre des Finances en 1970 (il participe donc également à l'élaboration de la loi Pompidou-Giscard de 1973 et au couteux emprunt-or Giscard) et directeur du cabinet de René Monory en 1978 , il s'emploie à la modernisation de la bourse et participe à la conception des Sicav "Monory" ; il rejoint le Crédit Commercial de France nationalisé en 1982.

Son frére ainé, Georges Pébereau, X-Ponts, fait carrière au ministère de l'Equipement jusqu'en 1968, directeur du cabinet de Robert Galley, puis entre à la CGE où il devient le second d'Ambroise Roux. Les nominations successives ( jusqu'en 1981) de R. Galley à des postes ministériels dans les domaines d'intérêt de la CGE, nucléaire, transport, télécom, défense ont bien montré la pertinence du choix de Georges Pébereau au poste de numéro 2 de la compagnie.

Les politiques ménées sous les présidences de Pompidou puis Giscard sont certes plus libérales et ouvertes à l'Europe que les précédentes mais elles restent encore imprégnées d'un fort dirigisme d'état colbertien. Le gouvernement Barre illustre bien cette dualité avec la  rigueur affichée,  la libération progressive des prix en 1978 et la chasse "aux canards boiteux" de l'économie ( Manufrance, Boussac, réparation navale...) mais il doit tenter aussi de faire face à la crise de la sidérurgie en supprimant 21000 emplois et en participant à la restructuration des bassins dans le cadre européen du Plan Davignon. Cette crise de la sidérurgie particulièrement vive en France est emblématique des dysfonctionnements pouvant résulter dans un marché ouvert de politiques trop dirigistes et d'investissements trop ambitieux comme le montre l'étude suivante.

Le Plan nucléaire est largement renforcé avec la mise en chantier de Superphénix, l'installation de l'usine Eurodif d'enrichissement d'uranium dans le site du Tricastin et l'extansion de l'usine de retraitement de la Hague. La CGE d'A. Roux n'obtient pas le contrat de la filière à eau bouillante sous licence américaine mais récupère le monopole de la filière à eau pressurisée avec les turbo-alternateurs d'Alsthom ; on reconnait bien là, la patte d'A. Roux d'avoir toujours mis plusieurs fers au feu.

Durant le septennat de V. Giscard d'Estaing, A. Roux n'a plus l'oreille du président mais grâce à son entregent et à ses fonctions à la tête de la commission d'économie générale du CNPF et de l'Association des Grandes Entreprises Françaises (AGREF) créée en 1976 il garde ses entrées dans nombre de ministères et ajoute en 1976 les Chantiers Navals de Saint Nazaire à l'actif de la CGE.

Le président du CNPF est alors François Ceyrac, proche de l'Union des Industries Metallurgiques et Minières (UIMM). La crise de la sidérurgie sera donc l'une de ses principales préoccupations et on peut penser qu'il a réussi à bien protéger les intérêts des grands Maitres de Forge essentiellement représentés par la famille De Wendel et associés. En effet comme le rappelle le document officiel de la fusion Marine-Wendel et CGIP référencé par la COB E.02-099 en date du 7 mai 2002 : "La prise de contrôle par le groupe Wendel - dont l'origine remonte à 1704 - du holding Marine-Firminy créé en 1854 (ancienne dénomination : "Forges et Aciéries de la Marine"), donne naissance à Marine-Wendel en 1975. La prédominance de ses actifs sidérurgiques (Sacilor, Forges et Aciéries des Dilling, etc….) et miniers (mines de fer), à côté d'activités diversifiées (Carnaud, Forges de Gueugnon, Ornas, Cimenteries de l'Est, sociétés du secteur de la Mécanique, etc…) conduit, lors de la crise de la sidérurgie européenne en 1977, à une scission du groupe en deux entités : en faisant apport en novembre 1977 de tous ses actifs non sidérurgiques, Marine-Wendel donne vie à la Compagnie Générale d'Industrie et de Participations (CGIP) dont elle ne conserve qu'une participation de 20% dans le capital. Depuis lors, Marine-Wendel s'est progressivement dessaisie de ses actifs sidérurgiques et a renforcé, au fil des ans et de restructurations internes, sa participation dans la CGIP au point d'en prendre le contrôle"

On comprend mieux à quel point le Grand Patronat avait su anticiper les difficultés de la sidérurgie et les futures nationalisations. Il faut dire que le président de Wendel lors de la fusion n'était autre que l'un des héritiers, Ernest Antoine Seillière, président du MEDEF (ex CNPF). E.A. Seilliere est lui aussi du sérail de l'ENA, camarade de promotion de L.Jospin, partageant le même bureau de 1965 à 1968 au service de l'Aide au Développement et de la Coopération,  chargé de mission au cabinet de Jacques Chaban-Delmas (1969-1972), puis  de Pierre Messmer, Maurice Schumann et Robert Galley aux Armées (1973-1974) ; on peut donc dire qu'il connaissait bien le système!

 

L'arrivée de la Gauche au pouvoir en 1981 va radicaliser les luttes d'influence puis libérer paradoxalement les ambitions personnelles et les grandes manoeuvres financières.

A Roux, viré de la CGE aprés sa nationalisation en 1982, organise la résistance du capitalisme français, il dissout l'AGREF et crée l'AFEP, association française des entreprises privées, regroupant presque tous les patrons des grands groupes non nationalisés : L'OréalMoët-Hennessy, Accor,  Lyonnaise des Eaux,  Béghin-Say de Jean-marc Verne,  Marine-Wendel,  la Compagnie Française des Pétroles, Michelin, Peugeot, Dumez, Chaussures André, Accor, Schneider, Air Liquide, Groupe Rivaud, Générale occidentale de Jimmy Goldsmith. Il invite même symboliquement David de Rothschild, alors au creux de la vague aprés la nationalisation de sa banque,  remettant ainsi la famille Rothschild au coeur du capitalisme français et recrute François Pinault qui lui semble promis à un bel avenir.

La même année, Claude Bébéar, figure montante de la nouvelle génération du capitalisme financier, futur maitre de l'Empire AXA, crée le club "Entreprise et Cité" avec Jean-René Fourtou, Didier Pineau-Valenciennes de Schneider. David de Rothschild rejoint également  ce club, tout comme Vincent Bolloré, Jean-louis Beffa, Gerard Mestralet, Bernard Arnault ( qui dans un premier temps s'était installé aux USA aprés mai 81) puis Michel Pébereau. Le club est trés proche au départ du Parti Républicain et dispose assez rapidement d'un fort potentiel d'influence et d'une bonne capacité à communiquer. 

Nationalisations de 1982:

 

Sociétés industrielles
CGE, St Gobain, Péchiney Ugine Kuhlman, Rhône
Poulenc, Thomson-Brandt
Banques
39 banques et 2 compagnies financières (Paribas et
Suez)
Prises de participation assurant le contrôle de
Matra, Avions Dassault, Usinor-Sacilor, ITT-France,
CII-Honeywell-Bull, Roussel Uclaf

 

Paradoxalement, les nationalisations ont introduit -pour ainsi dire- le loup dans la bergerie car les anciens dirigeants ont gardé de nombreux contacts parmi  les cadres de l'entreprise  et leurs compétences en font des interlocuteurs de poids face au pouvoir de gauche qui découvre la complexité des rouages économiques. Les deux lobbies patronnaux veillent cependant à éviter tout choc frontal public qui risquerait de dresser l'opinion publique contre eux et de radicaliser la politique du gouvernement Mauroy ; ils préfèrent agir par la bande ou par influence indirecte.

Avant même les élections de mai 81 les entreprises nationalisables se livrent à de savantes manoeuvres soit pour mettre des filiales à l'abri soit pour gonfler par des opérations comptables le coût d'une future nationalisation. Les exemples de Suez et Paribas sont en ce sens trés édifiants et on y retrouve des noms que les chroniques retiendront.

Paribas est dans les années 70-80 une banque d'affaires d'envergure mondiale ; son PDG Pierre Moussa et l'un de ses cadres Gérard Eskénazy mettent en place dans l'été 81 l'opération "arche de Noé" : il s'agit de faire passer les filiales étrangère de Paribas sous le contrôle d'une société suisse Pargesa via une OPE et diverses opérations d'échanges ou transferts de titres, Paribas participant même financièrement à ce détournement. Les deux principaux acteurs de l'opération sont deux redoutables hommes d'affaires, futurs millardaires, le canadien Paul Desmarais et le belge Albert Frére, associés dans Pargesa, actionnaires de Paribas et intéressés par la filiale belge Copeba et Paribas Suisse. L'opération ne peut être ménée à terme mais Desmarais et Frére en tirent des profits substantiels et un controle accru sur la filiale suisse qui recrute alors Moussa et Eskénazy. La direction de  Paribas est alors confiée par le gouvernement à JY Haberer qui demande les pleins pouvoirs.

A la même époque, Albert Frére profite de son pécule de l'Affaire Paribas pour prendre le controle du groupe belge GBL  (assurances, banque, pétrole /Petrofina) ; il récupère ainsi au passage le groupe de communication CLT, Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion comprenant RTL qui avait été cédé par Havas en 1973 avant les présidentielles françaises de 1974 et par crainte d'éventuelles nationalisations. On voit à quel point l'homme d'affaires belge est un fin connaisseur du capitalisme français.

Dans son livre "La finance déboussolée", Antoine Jeancourt-Galignani raconte les tentatives des banquiers de faire face aux prochaines charrettes de nationalisations :

" Celui-ci m' informa tout de suite qu un comité secret des chefs des grandes banques nationalisables allait se réunir et que je devais y participer. Ce groupe comprenait les présidents de Paribas, d'lndosuez, du CCF, du CIC et du Crédit du Nord. Les trois grandes banques, BNP, Crédit lyonnais et Société générale, déjà nationalisées, n'y participaient pas."

Les deux coprésidents du groupe Suez Jack Francès et Michel Caplain réussissent ainsi grâce à l'aide d'obscures et secrètes manoeuvres financières à rendre le Groupe Suez minoritaire à 30% dans le secteur assurances constitué par le Groupe Victoire. Le controle de ce groupe revient alors à Jean-Marc Verne et Marc Fournier ; La présidence du groupe Suez nationalisé est occupée par Georges Plescoff puis Jean Peyrelevade en 1983, un ancien directeur adjoint du cabinet Mauroy. 

 

Une fois passées les premières paniques de mai 81 et les nationalisations sans spoliations-bien au contraire-les lobbies capitalistes et libéraux s'aperçoivent vite que la forteresse socialiste n'est pas si imprenable que cela. Parmi les conseillers ou les proches de Mitterand on trouve des gens comme l'homme d'affaires Roger Patrice Pelat, Jacques Attali et Laurent Fabius issus tous deux de familles trés bourgeoises et d'un socialisme de compromis. Le premier ministre Mauroy n'est pas non plus un socialiste dur et son ministre de l'économie et des finances, J Delors, a fait équipe avec Chaban Delmas et défend ardemment la construction européenne dont il sera un grand acteur ; l'épouse du Garde des Sceaux, Elisabeth Badinter est la fille du fondateur de Publicis. J.Attali est en effet l'un des fondateurs et animateurs en 1973 à l'Université Paris-Dauphine de l'IRIS (institut de recherche et d'information socioéconomique) financé par la Direction générale des télécommunications, DGT, d'obédience trés giscardienne. On y retrouve de jeunes économistes comme Alain Boublil, Jean-Hervé Lorenzi, Henri de Bodinat, le banquier Claude Alphandéry férus de "modernité" et trés ouverts au monde de la grande finance. M.Rocard, J.Delors, L.Fabius et des chefs d'entreprises comme Antoine Riboud (Danone BSN) ou Gilbert Trigano participent aux débats de l'IRIS.

D'ailleurs c'est par l'intermédiaire de J.Attali et R.Badinter que D.de Rothschild obtient dans un premier temps que la Banque Rothschild nationalisée abandonne son patronyme, puis dans une seconde étape, en 84, qu'il puisse recréer une nouvelle Banque d'affaires. J.Attali permettra à la banque Lazard de Michel-David Weil d'échapper à la nationalisation.

Le Franc est attaqué sur les marchés extérieurs et l'on doit procéder à plusieurs dévaluations, la politique de relance augmente les importations déjà renchéries par le deuxième choc pétrolier et entraine un déséquilibre des échanges extérieurs.

Le parti socialiste décide alors de prendre le tournant de la rigueur en 1983 sous la pression entre autres de Laurent Fabius, J.Attali, P.Mauroy et J.Delors et d'une majorité de socialistes "modérés". Pour J.Delors et les européistes il n'est pas question de sortir du SME et de laisser filer le différentiel d'inflation et de cours de devise avec l'Allemagne. Pourtant un rapport de l'économiste américain Robert Eisner, commandé par Michel Rocard alors ministre du Plan, indiquait que la politique de relance suivie commençait à fonctionner ; il sera passé sous silence. On peut d'ailleurs lire ce rapport en annexe d'une étude du sénat ( pratclif.com/economy/colloquesenat112006.pdf )

L'analyse reste tout à fait pertinente pour apprécier la politique actuelle du gouvernement Hollande-Valls. (actualisé en mars 2016)

Les socialistes préfèrent suivre la pente libérale déjà tracée par Thatcher et Reagan plutôt que prendre le virage d'une économie sociale solidaire en s'appuyant sur leur électorat populaire ; après les nationalisations ils avaient tous les leviers en main pour le faire, politique, économique et financier ; ils auraient pu durcir les controles des changes et les politiques fiscales, monétaires et douanières. Au nom du réalisme économique, du mythe européen, du couple franco-allemand (qui s'avère plutôt être un couple germano-américain) et pour ne pas écraser fiscalement l'énigmatique et insaisissable classe moyenne les socialistes-comme toujours-choisissent de trahir l'électorat populaire et de pratiquer la rigueur socio-libérale classique, désindexation des salaires, blocage partiel des prix, coupes budgétaires sévères (60 Mds de francs ) reniant ainsi complètement l'esprit des nationalisations de 82 qui dès lors apparaissent peu durables.

Peut être ont-ils eu peur de se faire doubler à gauche par le PC ou bien ont-ils été effrayés par la radicalité à laquelle les conduisait leur propre Programme Commun. Ou, plus simplement, est ce l'inertie sociologique de leur groupe qui a joué, la solidarité de classe? 

A ce sujet, il peut être intéressant de rappeler les propos tenus par J.Delors le 25 novembre 1988 à l'occasion de la remise de la légion d'honneur à Jacques Chérèque dans les salons du Parlement européen de Strasbourg :

"Je puis vous dire que je suis également extrêmement fier d'avoir réussi à faire trois choses importantes à mes yeux quand j'étais au gouvernement.

Premièrement j'ai réussi à désindexer les salaires, ce qu'aucun gouvernement de droite n'a jamais réussi à faire alors qu'ils en rêvaient depuis toujours.

Deuxièmement j'ai réussi à imposer au pays, sans révolte sociale, un plan de rigueur qui a du faire pâlir Raymond Barre de jalousie.

Troisièmement et surtout j'ai réussi à convaincre mes amis socialistes qu'il fallait donner la primauté au marché et donc rétrocéder au secteur privé marchand les services publics non régaliens."

Il est bon de préciser qu'à l'époque J.Delors présidait la Commission Européenne et travaillait de concert avec le lobby patronnal européen "European Round Table", ERT, fondé par Etienne Davignon, l'homme des plans européens pour la sidérurgie. Ces propos illustrent pleinement et la nature fondamentalement ultra-libérale de la Construction Européenne et la dérive constante des socialistes en faveur du secteur privé marchand. On est ainsi arrivé bien au delà de la déclaration de Fabius au congrés de Metz du PS en 1979: « entre le Plan et le marché, il y a le socialisme ».

Le tableau se précise si l'on se souvient également du parcours de J.Chérèque : metallo, syndicaliste puis numéro 2 de la CFDT, enfin préfet délégué pour le redéploiement industriel en Lorraine en 1984 et ministre délégué à l'aménagement du territoire et à la reconversion industrielle dans le gouvernement Roccard (1988-91). Il a donc accompagné les lourdes restructurations du bassin lorrain et s'est illustré par sa fameuse déclaration : "il faut retirer les Hauts fourneaux de la tête des sidérurgistes lorrains!". Force est de constater que son fils, François Chérèque, a été à bonne école.  

 

Cette conversion des socialistes au monde des affaires est applaudie à deux mains par les lobbies patronnaux. A.Roux se flatte d'échanger avec le Président Mitterand et encense le nouveau Ministre des Finances P.Bérégovoy qui est reçu avec les honneurs à l'AFEP.  Laurent Fabius, ministre de l’Industrie et de la Recherche, puis ministre de la Modernisation industrielle, entreprend de lourdes restructurations dans les entreprises nationalisées qui lui valent l'estime du patronat ; deux de ses plus fidèles conseillers et amis,  Louis Schweitzer et Serge Weinberg, se sont depuis illustrés dans le monde de l'entreprise.

  Le cas Bérégovoy est particulièrement intéressant par son parcours exceptionnel d'ouvrier ajusteur jusqu'à la fonction de premier Ministre, avec toujours cette ambition obstinée du militant et de l'autodidacte mais aussi cette naïveté du néophyte qui veut toujours démontrer son savoir faire, naïveté que saura bien exploiter et flatter le monde des affaires. D'autant plus que son immuable directeur de cabinet à tous ses postes ministériels entre 82 et 86, Jean-Charles Naouri, est un fin renard ; entre 84 et 86, sous le gouvernement Fabius, il sera l'instigateur de la politique de dérégulation financière en France avec la création du MATIF, du MONEP, des certificats de dépôt, des billets de trésorerie  1984 : loi bancaire dérèglementant le métier bancaire ; 1986 : acte unique européen (Art 16-4 « Le marché intérieur comporte un espace sans frontières intérieures dans lequel la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux est assurée .1986 : loi Bérégovoy sur la dérèglementation financière (déréglementation, désintermédiation, décloisonnement, désinflation).

La dérégulation complète se poursuit ensuite jusqu'au TCE de 2005

  • 1988 : la France accepte le principe de la fin du contrôle des changes et la liberté de circulation des capitaux – sans création de la moindre harmonisation fiscale européenne
  • 1988 : directive Delors-Lamy prévoyant la libéralisation complète du marché des capitaux pour 1990 ;
  • 1990 : forte diminution de la fiscalité sur les revenus du capital
  • 1992 : traité de Maastricht (« toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites ») ;
  • 1998 : création d’un régime fiscal avantageux pour les stock-options par Dominique Strauss-Khan ;
  • 2001 : directive Bolkestein facilitant les OPA

 

Pendant tout ce temps JC.Naouri a su faire fructifier  son inventivité libérale ; il  rejoint la Banque Rothschild en 1987 aprés le retour de la Droite, crée un Fond d'investissement et devient finalement le premier actionnaire du Groupe Casino en 92. Il est actuellement  PDG de Casino, Rallye, Finatis et participe aux Conseils de diverses entreprises dont Natixis et Banque Rothschild.

La trajectoire de P.Bérégovoy culmine avec son arrivée au poste de premier ministre, en 92-93 lors du second mandat de Mitterand mais ne tarde pas à partir  en vrille ruinée par la crise économique, un déficit budgétaire important, la promesse d'une défaite électorale aux prochaines législatives et plusieurs affaires portant atteinte à son intégrité morale. L'affaire principale consiste en un prêt de Roger Patrice Pelat pour l'achat d'un appartement  et diverses autres largesses ; R.P.Pelat est par ailleurs inquiété dans une histoire de corruption débouchant sur l'affaire Urba ; deux autres proches du Premier Ministre, Samir Traboulsi et  Alain Boublil sont impliqués dans 'l'affaire Pechiney-Triangle, délit d'initié démonté par l'administration américaine, dans laquelle est aussi cité R.P Pelat.

Pierre Bérégovoy, aprés la défaite des législatives et son éviction de Matignon, est retrouvé mort d'une balle dans la tête sur les berges d'un canal de Nevers le 1 mai 1993 ; la symbolique de cette date, fête du travail, des travailleurs, peut apporter un éclairage au suicide vraisemblable de cet homme, courageux, ambitieux mais fier de ses origines. Peut être a-t-il voulu marquer ainsi la fin de son parcours, un ultime hommage à ses origines, avec la frustration de l'échec, de la calomnie mais aussi le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur des espérances populaires.

 

 

Les deux cohabitations successives en 86-88 puis en 93-95 vont finir par brouiller définitivement les repères à l'intérieur du PS d'autant plus que la chute de l'URSS en 1989 vient porter un sérieux coup de massue aux idéaux socialistes et précipiter le déclin du PC français.

Les deux cohabitations vont entrainer une succession de privatisations réalisées par la droite mais on peut s'interroger pour savoir si la gauche européenne ne les aurait pas faites un peu plus tard sur injonction de la Commission Européenne et au nom de la concurrence libre et non faussée :

   Entreprises industrielles
Saint Gobain
Compagnie générale de constructions téléphoniques
Compagnie générale d'électricité (CGE)
Société Matra
Entreprises de communication-média
Agence Havas
TF1 : cette privatisation n'entre pas dans le cadre de la
loi du 6 août mais dans celui de la loi du 30 septembre
1986 relative à la communication
Entreprises de banque et d'assurances
Banque du bâtiment et des travaux publics
Banque industrielle et mobilière privée
Compagnie financière de Paribas
Compagnie financière de Suez
Compagnie financière du crédit commercial de France
Mutuelle générale française accidents et Mutuelle générale française vie : réunies en une seule société et privatisées par décret
Société générale
Caisse nationale du crédit agricole : mutualisation par cession des actifs aux caisses régionales

 

1991-1993    Crédit local de France
Les privatisations de 1993 : loi de privatisation de juillet 1993   
1993    Entreprises privatisées BNP  en octobre 1993;  Rhône-Poulenc privatisée en décerrbre 1993
1994    Elf Aquitaine privatisée à partir de janvier 1994; UAP privatisée en avril 1994
1995    SEITA privatisée en janvier 1995; Usinor-Sacilor privatisée en juillet 1995; Pechiney privatisée en noverrbre 1995

 

Edouard Balladur est le grand artisan de ces privatisations, d'abord en tant que ministre de l'économie, des finances et des privatisations du gouvernement Chirac 86-88, puis en tant que Premier Ministre de la deuxième cohabitation 93-95. Lui aussi est du sérail, Sciences PO-ENA, camarade de promotion  de Jérome Monod, (futur PDG de Lyonnaise des eaux-Suez et conseiller de Chirac) et de Jacques Calvet (futur PDG de PSA Peugeot-Citroen en 1982), proche du lobby AFEP d'A.Roux et des milieux bancaires (l'un de ses fils est d'ailleurs associé-gérant dans la banque Lazard frères).

 

Les premières privatisations sont estimées généralement à 85 Mds F ; celles de 93 auraient rapporté 26 Mds € ; mais elles monteront à 50 Mds € sous le gouvernement Jospin-Chirac (1997-2002) avec Thomson, EADS, Aérospatiale, Renault, France Télécom, Air France, autoroutes ASF, SMC (société marseillaise de crédit), audiovisuel avec RMC-SFP- TDF, CIC, Crédit Lyonnais, banque Hervet, assurances CNP et GAN. Entre 2002 et 2006 les privatisations s'élèvent à 100Mds € : EDF-GDF, Snecma, GIAT industries, Areva, Direction des Constructions navales, Arsenaux, SNCM, reste d'ASF, Aéroports de Paris, Air France, Caisse Centrale de Réassurances.

 

Ce délestage de l'Etat de ces couteuses activités aurait du lui profiter-au moins à ses finances- et bien, non! La dette publique est passée de 200Mds € en 1986 à 800 en 2000 et 1327 Mds € fin 2008.

 

Il faudrait être bien naïf pour penser qu'une privatisation se fait simplement par une émission de titres à la bourse offerts au premier acheteur venu ; il faut d'abord évaluer le bien, c'est le role de cabinet ou de banques d'affaires ; il faut ensuite choisir le noyau dur d'actionnaires qui péseront sur la gestion et définir les procédures de choix et de mode d'acquisition ; pour les petits porteurs il y a effectivement une émission de titres à la bourse avec des choix prioritaires pour les salariés. Une Commission de Privatisation est chargée de la réalisation et de la surveillance des opérations, elle est présidée par Pierre Laurent, président de section honoraire au Conseil d'Etat et comprend 7 membres, anciens dirigeants d'entreprises ou banques ou hauts fonctionnaires des finances proches de Giscard ou Chirac . Les critiques les plus fréquentes font état d'une sous évaluation des estimations de l'ordre de 10% à 25% et du manque de transparence dans les procédures relatives au noyau dur pour lesquelles A.Roux et l'AFEP furent trés présents.

 

Ces vagues de privatisations vont dynamiser et agiter le monde de la finance et des affaires français mais aussi faire de la bourse française l'une des plus internationalisées et un marché de choix pour les divers fonds de pension anglo-saxons.

La France va rentrer de plein pied dans l'ére des holdings, des Fonds d'investissements à grands coups de LBO, d'offres publiques d'achat ou d'échange de titres et de raids boursiers. On retrouve d'ailleurs dans ce jeu là quelques uns des personnages dejà croisés.

Ainsi, Michel Pébéreau, que nous avions laissé au Crédit Commercial de France en 82, va-t-il se retrouver au retour de la droite chargé de conduire la privatisation de cette banque ( après recapitalisation par l'Etat, tout de même!) dont il devient PDG de 1986 à 1993. Il renouvelle l'opération en 1993 avec cette fois la BNP qu'il préside de 1993 à 2003. En 1999, il lance une double OPA sur la Société Générale et sur Paribas (présidée alors par Michel François-Poncet, succédant à J.Y Haberer), il échoue sur la Société Générale mais réussit à regrouper BNP-Paribas et devient alors l'un des financiers les plus puissants de France. Il nomme Baudoin Prot à la direction générale et préside le Conseil d'Administration. Pendant toutes ces années il porte la bonne parole à Sciences-Po, d'abord en tant qu'enseignant, puis en tant que Président du Conseil de direction ("démissionné" en 2012 par l'AG des personnels). Thierry Breton, alors ministre des finances de Chirac, le charge en 2005 de faire un rapport sur la Dette de la France!

Voila bien la mécanique cynique du système qui demande à l'un des grands acteurs du creusement de la dette, du début avec la loi Pompidou-Rotschild de 73, jusqu'à la financiarisation de l'économie et au racket des banques (qui éclatera trois ans plus tard) d'expliquer au brave peuple qu'il dépense trop et doit se serrer la ceinture! Il conseille Sarkozy depuis 2008 sur l'évolution de la Crise alors même que BNP-Paribas figure en bonne place parmi les "banquiers voyous"!

 

Le frère ainé, Georges Pébereau, choisit une autre voie : remplacé en 86 par Pierre Suard à la direction  de la CGE-Alcatel privatisé (sous la pression d'A.Roux!), il crée un Fond d'investissement , Marceau Investissements, en 1987 et profite du climat favorable des privatisations et des nouvelles techniques financières pour faire de juteuses plus values. Il lance en 1988 une OPA sur la Société Générale, soutenu d'ailleurs par la Caisse des Dépots (présidée alors par Robert Lion, actuellement chez Europe-Ecologie-Les Verts aprés un passage à Greenpeace). L'affaire échoue, mais de fortes présomptions de délits d'initiés pésent sur tout un groupe d'"investisseurs" ayant échangé plus de 30 millions de titres pour environ 2 milliards d'euros en anticipant la hausse des titres liée à l'OPA. Une instruction judiciaire est ouverte sur l' affaire de la Société générale (délit d'initié).

On y retrouve des noms de l'entourage de Bérégovoy, Samir Traboulsi et J.C.Naouri, et d'autres financiers comme Georges Soros ou Jean-pierre Peyraud, PDG de la banque Rivaud (banque du RPR). L 'instruction déboucha en 2002 sur une amende de prés d'un million d'euros pour le seul G.Soros (qui a fait appel devant la cour européenne des droits de l'homme, débouté en 2012!). On peut imaginer que l'initiative de G.Pébereau, suite à son éviction d'Alcatel, se voulait une revanche contre Balladur-Roux et qu'elle servait les intérêts du gouvernement Rocard et de Bérégovoy ministre des finances, pour installer un noyau dur plus favorable dans le deuxième grand groupe bancaire privatisé aprés la BNP. Ceci explique le soutien de la Caisse des Dépots.

 

J.Y Haberer avait perdu la direction de Paribas lors du retour de la Droite en 86 ; l'alternance de mai 88 le ramène à la direction du Crédit Lyonnais avec l'ambition démesurée d'en faire un géant planétaire. Il multiplie les filiales, les acquisitions hasardeuses et les investissements industriels, immobiliers ou financiers risqués. Le controle des filières et l'évaluation du risque sont insuffisants si bien que la crise immobilière et récesssive de 1992 met à jour le bilan catastrophique de la banque et entraine le départ de Haberer remplacé par Jean Peyrelevade (issu du cabinet Mauroy et très "compatible" avec les milieux d'affaires).

La crise du Crédit Lyonnais est difficile à cerner car elle est de nature systémique- en ce sens elle est de même nature que la crise des subprimes- et qu'elle s'inscrit dans un débat libéralisme-dirigisme qui n'est pas le coeur du problème. Le rapport de la commission Seguin à l'Assemblée nationale rend assez bien compte des différents aspects de l'Affaire et en particulier de la situation paradoxale de l'économie mixte dans le contexte européen.

  "Cette identité de situation de la banque publique et de la banque privée s’explique par l’autonomie de gestion dont jouissent les entreprises publiques qui interviennent dans le secteur concurrentiel national. Cette autonomie de gestion est en outre la condition sine qua non de leur développement international. Faut-il rappeler ici la vigilance de la Commission européenne ?

L’autonomie a pour effet d’interdire toute ingérence de l’Etat actionnaire majoritaire dans sa stratégie, dans sa gestion, dans le choix de ses clients et de ses opérations."

De plus, cette affaire se déroule à cheval sur une tripple alternance en 93, 95 puis 97 et comporte en réalité deux élèments distincts, la situation financière du Crédit Lyonnais puis la liquidation des actifs du Consortium de Réalisation (CDR).On peut simplement remarquer que la quasi totalité des grandes banques mondiales se sont retrouvées en 2007-2008 avec des bilans encore plus catastrophiques que le Lyonnais mais que les contribuables ont payés de leurs deniers et vont encore devoir payer pendant de longues années.

On ne peut que donner quelques élèments de l"Affaire ; une étude exhaustive demanderait un ouvrage complet avec des jours et des jours de recherche. Haberer avait développé l'activité de sa banque en élargissant à la fois son périmétre géographique à l'international mais aussi ses champs d'intervention dans l'immobilier et la banque-industrie, grâce à du financement mais aussi à des participations directes dans de nombreux groupes ou projets. Ainsi en 1993, le bilan du Lyonnais pesait-il quelques 2000 milliards de francs contre 1550 pour la Société Générale ou la BNP. Les participations s'élèvent à plus de 50 Md F dans l'industrie avec plus de 1600 lignes et au moins autant dans l'immobilier avec des parts dans les grands groupes immobiliers ou hoteliers Pelège, Vaturi, Copra, Pierre Ier. Les problèmes majeurs sont apparus principalement  dans les quatre filiales suivantes :    Crédit Lyonnais Bank Nederland CLBN, filiale hollandaise qui a investi dans le cinéma, racheté la MGM et qui est impliquée dans la faillite onéreuse d'un groupe financier suisse SASSEA ; Altus Finance ; SDBO, société de banque occidentale spécialisée dans la reprise et prise de participations (affaire Addidas) et International Bankers SA .

 

La liste des grandes fortunes françaises ayant largement profité des largesses du Lyonnais d'une manière ou d'une autre est impressionnante : Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Dominique Bouillon, Francis Bouygues, Sophie Deniau, Robert Hersant, Jean-François Hénin, Marc Ladreit de Lacharrière, Robert Maxwell, Jean-Charles Naouri, Giancarlo Paretti, Michel Pelège, François Pinault, Bernard Tapie. A l'époque on ne les a pas entendu se plaindre des facilités de crédit ou de liquidités de la banque publique. Certains détails du bilan s'apparentent à un inventaire à la Prévert :

10.000 lignes d'actifs, des milliers de créances, environ 600 participations minoritaires et 56 participations majoritaires dans des entreprises qui employaient 30.000 salariés, mais aussi 900.000 m2 de foncier bâti, dont le siège social de CFAO, de Pechiney, de Philips, de Vallourec ou de Lagardère, 45 hôtels, 33 golfs et 849 hectares de terrain à construire en France et à l'étranger ; deux stations de ski, Flaine et Isola 2000;  le cinéma, avec notamment la MGM ; des participations dans Aérospatiale, Alcatel, Bouygues, Rhône-Poulenc, Usinor, Total, Framatome, La Mixte, Sligos... Mais aussi dans des holdings clefs et non cotés d'hommes d'affaires bien connus (François Pinault, Vincent Bolloré, Marc de Lacharrière, Jean-Charles Naouri...). On remarque au passage que cette banque publique pratiquait un volontarisme financier et libéral de bon aloi ; on est trés loin du logement social et de l'économie sociale solidaire. J.Y.Haberer incarne parfaitement ce mal français, nostalgique de grandeur et d'éclat, tout droit issu des fastes de Versailles, du siècle des Lumières (les lustres de la Cour) et du prestige de Napoléon.

Peyrelevade garde son poste lors du retour de la Droite en 93 et doit gérer la quasi-faillite en 94 débouchant sur la création finale du CDR en 1995 qui regroupe tous les actifs douteux ou peu liquides du Crédit Lyonnais ; la banque ainsi allégée est recapitalisée par l'Etat, elle sera partiellement privatisée en 1999 puis devient une filiale du Crédit Agricole en 2003. La faillite du Crédit Lyonnais, l"Affaire Tapie-Addidas et les pertes du CDR sont largement utilisées par la Droite pour discréditer la gouvernance des socialistes ; cependant la politique du CDR et son absence de transparence ont fait l'objet de nombreuses critiques et les incendies suspects du siège parisien du Lyonnais et de ses archives du Havre en 96 laissent planer de sérieux doutes sur la volonté politique que toute la lumière soit faite.

Le Monde du 23 novembre 1995 titre :" La grande brocante des actifs du Crédit Lyonnais est ouverte" critiquant la précipitation affichée pour liquider ces actifs ce qui ne peut que conduire à baisser leur côte. Certaines participations ont été volontairement sous évaluées lors de leur reprise par les sociétés mères telles les 25% d'Artémis de la Financière Pinault. L'hebdomadaire Marianne estime que le coût pour le contribuable de l'Affaire du Crédit Lyonnais s'élèverait à environ 40 Mds F pour les pertes directes de la banque et de 100 Mds F pour la gestion et la "dévalorisation volontaire des actifs". Comme toujours en cas de crise on nationalise (socialise) les pertes après avoir privatisé les profits ; la crise de 2008 n'échappe pas à la régle!

 

La décennie 80 et le début  de la suivante voient se développer des réseaux d'influences croisées à la mesure du développement parallèle des moyens de communication et de leur appropriation par des holdings financières.

La Fondation Saint-Simon, créée au début des années 80, par Roger Fauroux, patron de Saint Gobain, et François Furet, historien révisionniste de la Révolution Française, regroupe des entrepreneurs et des intellectuels de la gauche libérale "moderne" et veut rapprocher le monde de l'Entreprise et celui de la Haute Administration. Parmi ses initiateurs on trouve en effet Simon Nora, directeur de l'ENA, et Pierre Rosanvallon, permanent de la CFDT, enseignant à IEP Paris ; en 1997, un quart des membres sont énarques. La liste de quelques membres est révélatrice de l'importance du groupe et de son orientation libérale: Alain Minc, Francis Mer (Usinor),A.Riboud (Danone), Jean-luc Lagardère, Marc Ladreit de Lacharrière (vice président de L'Oréal), J.L.Beffa (Saint Gobain), Christian Blanc (préfet puis PDG de la RATP, puis d'Air France), Jean Peyrelevade,  Edmond Maire (CFDT), Emmanuel Le Roy Ladurie (historien) les philosophes Jacques Julliard,  Marcel Gauchet, Luc Ferry, les journalistes  Jean Daniel, Laurent Joffrin, Serge July, Christine Ockrent, Anne Sinclair, Franz-Olivier Giesbert, Denis Olivennes et Jean-Pierre Elkabbach , le sociologue Alain Touraine, le politicien Bernard Kouchner et les économistes Thomas Piketty et Daniel Cohen.. 

Le Cercle de l'Industrie se crée en 1993 sur une idée commune de Dominique Strauss-Kahn et Raymond Levy, PDG de Renault ; sa création est facilitée par l'entregent de Maurice Levy, PDG de Publicis ; c'est un lobby patronal auprès des instances nationales et internationales mais qui veut également rapprocher politique et entreprise ; Y sont représentés : Rhône-Poulenc, Lafarge, Pechiney, Elf, L'Oréal, Bull, Schneider, Renault, Total, BSN…Le cercle comprend statutairement deux vice-présidents, un socialiste et un de droite , le premier vice-président socialiste était Strauss-kahn et le dernier, Pierre Moscovici jusqu'en 2012, alors que le président actuel est Philippe Varin président de PSA.

Le Siècle est un club fondé au sortir de la Libération mais dont on peut dire qu'il est devenu une lessiveuse libérale des élites-qui le veulent bien?-et dont les diners mensuels sont bien connus.La liste exhaustive des membres peut être trouvée sur le site Cryptome search (genre wikileaks) en cherchant le-siecle.zip. La liste ci-dessous des anciens administrateurs est suffisamment éloquente.


 

 

. - FONDATEUR DE L'ASSOCIATION LE SIECLE"   Georges BERARD-QUELIN (+)

ANCIENS PRESIDENTS DU CONSEIL D'ADMINISTRATION

 

 

Maicel BOITEUX

Renaud DENOIX de SAINT MARC

Jean DROMER

Roger FAUROUX

Jacques FAUVET (0
Jean FRANCOIS-PONCET
Marceau LONG
Alof de LOUVENCOURT

Jérôme MONOD
Pierre MOUSSA
Simon NORA(+)
Jean-Claude PAYE

Jacques RIGAUD             Gérard WORMS
Louis SCHWEITZER
Ludovic TRON (+)
Maurice ULRICH

ANCIENS MEMBRES DU CONSEIL D'ADMINISTRATION -

Jacques-Louis ANTERIOU (+)                 David DAUTRESME
Jacques ATTALI                                  Jean-Marie DAUZIER )
Martine AUBRY                                  Georges DAYAN
Patricia BARBIZET                              Jean DEFLASSIEUX
Jean-Louis BEFFA                               Richard DESCOINGS
Christian BIANC                                Jacques DESMYTTERE
Michel BON                                       Yvonne DORNES
Philippe BOULIN                                 Maurice DOUBLET
Georges BOUQUET                          Raymond DREUX Jacques BRANGER                          Jean DRUCKER
Yves CANNAC                                   Philippe FAURE
Jcan-Claudc CASANOVA                      Jean FILIPPI
Véronique CAYLA                               Jacques F'RIEDMANN
Françoise CHANDERNAGOR                 Jean GANDOIS
Alain CHEVALIER                              Pierre GIRAUDET
Olivier CHEVRILLON                          Paul GROSSIN
Michèle COTTA                              Raymond HAAS-PICARD
Bertrand COLLOMB                             Jean-Yves HABERER
Bruno COTTE                                     Bernard HANON
Anne-Marie COUDERC                         Max HYMANS

Anne-Marie IDRAC
Denis JEAMBAR
Jean-Noël JEANNENEY
Jean-Pierre JOUYET
Philippe LAGAYFITE
Jacques LALLEMENT (+)
Pascal LAMY
Bertrand LANDRIEU
Lucien LANIER
Maurice LAURE (+)
Noëlle LENOIR
Robert LION
Jean LOYRETTE
Georges LUTFALLA (+)
Roger MARTIN
Alain MINC
Jean MONTET (+)
Jean MOTTIN
Pierre NICOLAY
Denis OLIVENNES

Henri PAOLETTI (+)

Jean-Paul PARAYRE

Jean PEYRELEVADE

Jean PEYTEL (+)

Robert PIERSON(+)

Didier PINEAU-VALENCIENNE

René REMOND

Isabelle RENOUARD

Pierre ROSANVALLON

Robert SALMON

Roger-Gérard SCHWARTZENBERG

Pierre SUDREAU

Jean-Claude TRICHET

Hubert VEDRINE

Jean VERD1ER

Jacques WAHL

 

Le Bureau est ainsi composé en 2010 :

PRESIDENT

Denis KESSLER

- Président-directeur général du groupe Scor - Administrateur du Fonds stratégique d'investissement - Membre du Conseil économique, social et environnemental Membre de la Commission économique de la nation, ex vice président du MEDEF

VIÇE-PRESIDENT

Louis GALLOIS- Président executif d'EA DS - Président du Club du CEPIl-Ccntrc d'études prospectives et d'informations internationales- Ancien Administrateur civil

Henri LOYRETTE

Président-directeur du musée du Louvre- Président du conseil scientifique de l'Agence France-Muséums Conservateur général du patrimoine- Membre de l'Institut (Académie des Beaux-arts)

TRESORIER

Marc TESSIER

Président de Vidéo Futur Entertainment Group Président du Syndicat des éditeurs de vidéo à la demande■    Président de la chaîne de télévision IDF 1 (service de diffusion sur la région parisienne)- Président du Forum des images• Inspecteur général des finances

SECRETAIRE GENERAI.
Etienne LACOUIR- Directeur de la rédaction et rédacteur en chef de la Société Générale de Presse-S.G.P.

MEMBRES

Marie-Louise ANTONI- Conseiller du président de Generali France, membre du comité de direction générale- Membre du conseil de surveillance du Groupe Le Monde

Jcan-Louis BOURLANGES- Conseiller Maître à la Cour des comptes• Professeur associé â l'Institut d'études politiques de Paris' Chroniqueur à'L’Expansion"

Catherine COLONNA- Ambassadeur- déléguée permanente de la France auprès de l'UNESCO- Président du conseil d'administration du Centre international d'études pédagogiques- Administrateur de la fondation Chirac, administrateur du Conseil franco-britannique

- Ministre plénipotentiaire- Ancien ministre

Olivier DUHAMEL- Professeur des universités à Sciences Po (Institut d'études politiques de Paris)- Chroniqueur aux "Matins" de France Culture, à LC1, à "La Marseillaise" et à "Valeurs actuelles" Coprésentateur de "Médiapolis" sur Europc I- Codirecteur de la revue "Pouvoirs" (études constitutionnelles et politiques), de la série annuelle de TNS SOFRES "L'état de l'opinion-, de la collection "Médiathèque" aux Editions du Seuil, de la collection "A savoir" aux éditions Dalloz Ancien député européen

Marc de LACHARRIERE- Membre de l'Institut- Président-directeur général de Fimalac- Chairman de Fitch-Ratings - Président de la Revue des Deux Mondes - Président de la Fondation d'entreprise  Culture et diversité

Olivier NORA- Président-directeur général des Editions Grasset & Fasquellc- Président-directeur général des Editions Arménie Fayard- Membre du Conseil du livre

Nicole NOTAT- Présidente-directrice générale de Vigeo•   Membre de la Haute Autorité de lutte contre les discriminai ions cl pour l'égalité- Membre du Groupe de réflexion pour l'avenir de l'Europe, présidé par Felipe Gonzalez

Guillaume PEPY- Président de la SNCF- Président de Eurostar Groupe- Maître des requêtes au Conseil d'Etat

LOUIS SCHWEITZER- Président de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égaillé (HALDE)- Président d'honneur de Renault- Président du conseil d'administration d'Astra Zenica  vice-président de Veolia Environnement Président du conseil de surveillance du groupe I.e Monde- Président du Festival d'Avignon Président du comité d'organisation pour la France de l'Année France-Russie (2010)- Ancien président du Siècle- Inspecteur des finances honoraire

Jean VEIL- Avocat à la cour d'appel de Paris, associé du Cabinet Veil-Jourdc

OBSERVATEURS
Nicolas BAVEREZ- Avocat au barreau de Paris, associé du cabinet Gibson Dunn & Crutehcr LLP- Éditorialiste au "Point" et au "Monde" Ancien conseiller référendaire A la Cour des comptes

Augustin de- ROMANET- Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations- Président du conseil d'administration du Fonds stratégique d'investissement- Membre du Conseil des prélèvements obligatoires- Administra leur civil

 

 

Ces quelques rappels historiques permettent de mieux comprendre la formation et le poids de cet ensemble de consensus libéro-atlantistes et européistes constituant la "pensée unique dominante". Cette pensée est elle même tellement dominée par ses certitudes et ses dogmes qu'elle en a perdu (presque) toute analyse critique de la réalité économique : crises à répétition jamais anticipées, distorsion du corps social  et (presque) toute vision géopolitique de long terme.

On a vu à quel point cette pensée se nourrit et s'organise dans de multiples réseaux croisés. Il est pour le moins paradoxal que ce soit celui qui conteste la Pensée Unique que l'on range dans la Théorie du Complot!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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