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 affaires.gif                     Avec toutes les "Affaires" UMP et PS on entend d'un Côté "Tous Pourris" et de l'autre "Populisme extrémiste complotiste"

 

Le "Tous Pourris" n'est guère porteur de valeurs républicaines démocratiques et il porte en germe, au minimum, de fortes tendances à l'abstention, au repli identitaire et, au pire, des dérives vers des groupes fascisants.

En période de paix sociale il fait le jeu de la droite car l'abstention touche alors plus les classes populaires et les jeunes; en période de crise il a souvent dans un passé proche favorisé l'arrivée au pouvoir de dictatures fascistes.

 

"Populisme extrémiste complotiste"sont les termes généralement utilisés par  les héraults de la pensée dominante institutionnalisée pour désigner tous ceux qui contestent la mondialisation dérégulée et  l'architecture financière et trés libérale de l'UE, en gros, ceux qui ont voté non au référendum sur le TCE. Ainsi est dénoncé l'archaïsme simpliste de leur analyse sur le retour à une souveraineté monétaire, sur le contrôle des capitaux , sur la fiscalité, sur la régulation des échanges, toutes ces mesures étant dérisoires et vouées à l'échec dans le Monde Moderne globalisé et, quoiqu'il en soit, elles sont interdites dans le cadre de l'UE!

 

Ainsi s'exprime à longueur de temps la Pensée unique médiatisée rejetant toute objection dans le camp de l'incompétence simpliste et de l'extrémisme coupable... Et comme les braves gens se méfient des extrèmes et finissent par croire le discours des experts médiatisés ils portent au pouvoir l'un des deux camps PS ou UMP, tous deux acteurs de cette globalisation dans le cadre de l'UE et donc reconnus comme "Partis de gouvernement".

 

Tout semble donc joué à l'avance! Mais rien n'est aussi simple que cela en matière de politique et de société. 

La mondialisation financière dérégulée, le libéralisme financier ne sont pas si anciens et si "naturels" qu'on veut bien nous le laisser croire!

Cette "révolution libérale" théorisée par Milton Friedman et son école de Chicago dans les années 70 n'est arrivée aux affaires qu'en l'année 1979 dans l'Angleterre de Mme Thatcher dont nous saluons ici le décés récent. L'abandon de la souveraineté monétaire des Etats au profit de la Finance s'est opérée en Europe durant cette décennie 70 et les institutions de la mondialisation dérégulée ne se sont mises en place que dans les deux décennies suivantes.

 

Dès les années 80 l'éclatement de la Crise de la Dette des pays du sud et la succession régulière de crises financières, boursières ou monétaires dans les pays de la périphérie interroge sur l'instabilité et les déséquilibres du système mais les oracles de la Pensée unique n'y voient que des crises cycliques, pulsations normales du coeur économique heureusement régulées par la loi de l'offre et la demande et bien orchestrées par la main invisible du Marché et de la Concurrence libre et non faussée.

Les crises asiatiques de 1997, celle du Fond spéculatif LTCM en 1998 ont failli une première fois déstabiliser tout le système monétaire et financier mondial et réveiller le spectre de la Grande Crise de 1929. Le prix Nobel français d'économie Maurice Allais s'en alarma et publia une étude sur les effets délétères de la mondialisation et de la construction européenne pour la croissance et l'Industrie de la France et sur la necessité de réformer le système financier . Il fut alors complètement écarté de tout le système médiatique.

La première manifestation mondiale de l'altermondialisme se déroule à Seattle en 1999 et le mouvement ne cessera depuis de gagner en représentativité et de faire remonter dans l'opinion publique mondiale un certain nombre de concepts: notion de Bien commun, de Vivre ensemble, de Planète partagée, de refus de la marchandisation universelle...

En 2005, la victoire du Non au référendum du TCE en France montre ce que peut apporter un débat citoyen mené pendant des semaines jusqu'au sein des plus petites communes. Deux années plus tard, les parlementaires nouvellement élus vont pourtant ratifier le Traité de Lisbone, copie conforme du TCE mais dépourvu de statut constitutionnel.

Il s'agit là d'un véritable déni de démocratie, d'un coup d'état parlementaire contre le peuple au nom de l'UE et de sa globalisation financière. Où sont les extrèmistes dans cette histoire? Au nom de quel intérêt supérieur, de quel système, se sont ils arrogés le droit de contourner une décision souveraine du Peuple?

C'est d'autant plus inacceptable que dés l'année suivante  ce même système qui seul pouvait faire le bonheur universel s'éffondrait avec la crise des Subprimes!

Dans le vertige de l'écroulement que n'a-t-on entendu alors tous ces chantres du libéralisme-Sarkozy, en tête- dénoncer les arcanes de la Finance et la malédiction des Paradis fiscaux.

 

Face à l'effondrement potentiel des banques, les Etats lançaient alors des plans de relance économique et de soutien aux banques : Michel Barnier, UMP et Commissaire européen au Marché Intérieur déclare ainsi dans un communiqué de presse officiel, "entre octobre 2008 et octobre 2011, la Commission européenne a approuvé environ 4500 milliards d'euros d'aides d’État en faveur des établissements financiers, ce qui équivaut à 37% du PIB de l'UE . Si elles ont permis d'éviter des faillites bancaires et une désorganisation économique à grande échelle, ces mesures ont pesé sur le contribuable et grevé lourdement les finances publiques". Pour les USA on parle de 20 000 milliards de dollars.

Ce phénomène classique de socialisation des pertes lors des Crises systémiques vient alors gonfler la Dette des Etats permettant d'ailleurs aux Banques-Casino d'espérer se "refaire" sur le dos des Peuples. Ainsi se déroule le plus grand Hold up du siècle : le transfert des pertes du secteur financier vers la Dette des Etats ; oubliées la Crise des Subprimes et les turpitudes de la Finance, voici venu le temps de la Crise des Dettes et de l'Austérité des peuples!

 

Les scênes d'expulsés aux USA, de maisons vidées puis dévastées, de municipalités en faillite, d'usines abandonnées, de manifestations et d'occupations des Indignés espagnols ou des 1% américains se banalisent puis laissent place à nouveau aux Chiens de Garde médiatiques qui viennent distiller leur discours culpabilisateurs sur les peuples dispendieux qui ont vécu dans l'abondance grace au crédit et sur le nécessaire retour à la sagesse au nom des générations futures! Sous peine de se voir sanctionner par les Agences de notation et de devoir passer sous les fourches caudines de taux bancaires prohibitifs!

Lesquelles Agences n'ont jamais vu venir aucune des dernières Crises et lesquelles Banques européennes empruntent à la BCE à 1% pour préter aux Etats à des taux pouvant dépasser parfois largement les 6%!

Pourtant nul ne pouvait ignorer parmi les responsables politiques et économiques l'ampleur des bulles spéculatives financières et l'exotisme de leurs produits dérivés dont la totalité des valeurs notionelles atteignait près de 20 fois le PIB mondial soit un million cinq cent mille milliards de dollars en 2011. source BIS

La moitié de ces produits sont OTC (over the counter : de gré à gré) (Précisions : trillion anglais = 1000 milliards; billions=milliard)

Tous ces responsables ne pouvaient ignorer que depuis le milieu des années 90 le solde des échanges commerciaux des pays de l'OCDE avec les nouveaux pays émergents souffrait d un déficit en croissance exponentielle intenable et que leur industrie connaissait en général une décroissance insoutenable liée en grande partie aux délocalisations ou à des conditions de coûts sociaux et salariaux incompatibles avec des échanges équilibrés.


Comment expliquer alors que tous nos partis de gouvernement PS et UMP aient pu adhérer et participer à de telles évolutions et contribuer à la construction d'une telle architecture financière et économique? La question se pose avec encore plus d'acuité pour la France, pays de Colbert fortement administré avec une tradition de grandes initiatives publiques en coopération étroite avec les grandes entreprises nationales publiques ou privées. Comment un tel désaississement du rôle de l'Etat a-t-il pu se mettre en place?

 

La première étape de ce recul de souveraineté fut la loi du 3 janvier1973 dite loi Pompidou-Giscard ou loi Rothschild limitant le financement direct de l'Etat par la Banque de France. Pompidou est alors président de la République, Giscard ministre des Finances ; aprés l'intransigeance du Général de Gaulle-particulièrement pour ce qui touche à la souveraineté monétaire-Pompidou qui a rejoint la Banque Rothschild entre 1954 et 1958 est plus ouvert aux arguments des libéraux et des banquiers.


La loi a été proposée par le gouverneur de la Banque de France, Olivier Wormser et il se dit que Giscard l'a co-signée sans enthousiasme.La personnalité d'Olivier Wormser laisse apparaitre d'autres sources d'influences: il a été auparavant chef de la direction économique et financière du Quai d’Orsay et trés proche de Robert Marjolin alors vice président de la CEE en charge de l'économie et des finances entre 1958 et 1967.

Toute la carrière de Robert Marjolin s'est construite dans le sillage de Jean Monnet, le véritable père fondateur de l'architecture européenne actuelle, partisan résolu de la disparition des Etats souverains et de la création des Etats Unis d'Europe à l'image des USA .

Jean Monnet en a fait le chef de la mission d’achats française aux Etats-Unis pendant la guerre, l'embaucha en 1945, au Commissariat au Plan et le fit nommer secrétaire général de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), qui distribuait les aides du plan Marshall pour l’Europe. Robert Marjolin devient vice président de la commission européenne entre 1958 et 1967 remplacé ensuite par Raymond Barre, un de ses amis proches. Il siège au conseil d'administration de la Royal Dutch Shell et de la Chase Manhattan Bank de David Rockefeller.

 

Nous voici donc ramené au coeur des réseaux de Jean Monnet dont le parcours peut apporter quelques éclairages sur la géopolitique du XX ème siècle. Quelle trajectoire étonnante que celle de ce fils de négociant en spiritueux de Cognac qui, fort de sa pratique d'affrêteur maritime et de son expérience commerciale avec les Anglais et les Américains, devient lors de la guerre de 14-18 responsable de la coordination des ressources alliées sous le statut de haut-fonctionnaire inter-allié!

Il tisse alors des liens précieux avec des personnages influents tels Clémenceau, Churchill, John Foster Dulles ou Georges Rublee ami de Roosevelt (qui s'occupait alors de la Marine américaine). Il devient ainsi secrétaire général adjoint de la SDN de 1919 à 1923.

Il doit alors redynamiser l'entreprise familiale et profite de la prohibition aux USA et de sa filière canadienne pour assurer sa prospérité; il devient un homme d'affaires et un financier reconnu aux USA créant même une banque, la Bancamerica à San Francisco qui s'avéra être un échec financier sévère.

La seconde guerre mondiale et le réseau qu'il a su tisser dans le monde anglosaxon lui permettent alors de jouer un rôle de coordination dans l'effort de guerre franco-anglais puis anglo-américain ; il est un interlocuteur privilégié de Roosevelt et avec De Gaulle il représente ce qui reste de la permanence de l'Etat français. Les conceptions des deux hommes sont cependant radicalement différentes concernant l'avenir de la souveraineté de la France que Monnet veut fondre dans une union d'Etats européens. Dans une note confidentielle adressée à Roosevelt et relative à De Gaulle il écrit "qu'il est un ennemi de la construction européenne, qu'en conséquence il doit être détruit (sic) dans l'intérêt des Français." Les deux hommes devront composer avec les circonstances et, après la Libération, Jean Monnet devient Commissaire au plan jusqu'en 1952.

Il oeuvre alors au rapprochement franco-allemand, en liaison avec Adenauer et les Américains en la personne de l'ambassadeur David Bruce, avec l'objectif permanent d'une fédération européenne ancrée dans le camp atlantiste mais toujours avec la méthode Monnet : réseaux d'influence et recherche de bons relais suceptibles de faire avancer ses objectifs.

 

 

Ainsi est-il à l'origine de la fameuse déclaration Schuman (en accord avec Adenauer) qui aboutit ensuite au traité de Paris en 1951 créant la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier, CECA. Jean Monnet devient en 1952 le premier président de la Haute Autorité de la CECA, ébauche de la future Commission européenne ; il démissionne en 1955 suite à l'échec de son projet de Communauté Européenne de Défense (CED également pronée par les USA) mais poursuit ses objectifs et fonde le Comité d'Action pour les Etats Unis d'Europe. Ses efforts aboutissent au Traité de Rome en 1957 et à la création de la communauté économique européenne, CEE et de l'Euratom.

 

Le retour au pouvoir du Général de Gaulle en 1958 vient geler les objectifs de Monnet mais il continue cependant son travail d'influence et de réseau en faveur d'une Europe supranationale et d'une intégration economique et monétaire par la méthode des petits pas, donnant à chaque fois des délégations de pouvoirs essentiels à des organisations supranationales.Le Comité d'Action pour les Etats Unis d'Europe devient alors une officine d'influence mais aussi une sorte de contre-gouvernement de l'Europe fédérale.


Le Comité se veut une instance représentative des partis et syndicats qu'on pourrait qualifier aujourd'hui de socio-démocrates atlantistes comme on peut le voir dans ce lien vers une étude sur le Comité Monnet.

Des personnalités politiques influentes ont pu ainsi y siéger tels Guy Mollet, Amintore Fanfani, Kurt Kiesinger, Théo Lefèvre, Maurice Faure, René Pleven, mais aussi Willy Brandt, Helmut Schmidt, Edward Heath, V. Giscard d'Estaing. On peut trouver de précieuses informations sur l'action de Jean Monnet dans le livre "Jean Monnet  L'Europe et les chemins de la Paix" publié sous la direction de Gérard Bossuat et Andréas Wilkens.

Ainsi retrouve-t-on autour de l'oeuvre de Monnet la plupart des figures qui ont compté dans  l'Europe accidentale de la deuxième moitié du XXème siècle. Dans la préface du Livre de Pascal Fontaine " Jean Monnet, l'Inspirateur" chez Grancher- Paris, J. Delors écrit en 1988 : "(Jean Monnet) ce visionnaire pragmatique" ; la même année Mitterand décide le transfert des cendres de Monnet au Panthéon.

Le Chancelier Allemand H. Schmidt a pu déclarer dans le livre "Jean Monnet  L'Europe et les chemins de la Paix"  : "Au cours de mon existence, j'ai eu la chance de rencontrer de nombreux amis en France. En tout premier lieu, je nommerai naturellement Valéry Giscard d'Estaing, mais aussi Raymond Barre, et François Mitterrand, et Jacques Delors. J'ai éprouvé un grand respect pour Robert Marjolin dans les années soixante et soixante-dix. Mais le premier Français dont j'ai fait la connaissance, ce fut Jean Monnet.".

 

Au sortir de la deuxième guerre mondiale et dans le contexte de la Guerre froide le projet de Monnet s'inscrivait dans un atlantisme de bon aloi et prétait une attention toute particulière à la préservation de l'équilibre France-Allemagne et à la nécessité d'un développement économique synchrone des deux pays. Dans ce cadre là, le soutien politique et financier plus ou moins indirect des Américains  n'était pas surprenant mais le Général de Gaulle n'hésitait pas dans les périodes de tension à parler du parti de l'Etranger à propos des fédéralistes. On peur lire dans l'ouvrage
"Jean Monnet  L'Europe et les chemins de la Paix" au chapitre "De l'usage de l'Amérique":

"Sous l'administration Eisenhower, Monnet dispose d'un réseau impressionnant de connaissances et amis tant dans les hautes sphères du gouvernement américain qu'à des niveaux moins élevés. La galaxie américaine Monnet s'étend d'ailleurs bien au delà de l'administration américaine notamment dans le milieu des affaires. Monnet peut non seulement compter sur Eisenhower, John Foster Dulles et son frère Allen,
lui aussi très proche de Monnet et qui dirige à présent la CIA, sur Robert Bowic, qui dirige le Policy Planning Staff au Département d'État, sur le sous-secrétaire d'État Walter Bedell Smith ou l'assistant du secrétaire pour les affaires européennes Livingston Merchant mais encore, en Europe, sur ses fidèles amis Bruce et Tomlinson et le Consul américain à l'Ambassade. Stanley Cleveland. ainsi que, par exemple, sur des banquiers et lawyers influents tels que John McCloy, qui dirige à présent la Chase National Bank à New York, et George Bail, qui sera fréquemment utile
à Monnet."

Parmi les donateurs  du Comité d'Action on peut trouver des industriels tels  Giovanni Agnelli, le directeur administratif de FIAT,  la Fondation Ford,  Shell, Unilever, British Aircraft , British Steel et quelques groupes industriels allemands.

A la même époque les services américains soutenaient par ailleurs de nombreuses organisations pouvant contrarier ou combatre les avancées possibles du camp communiste.

Ainsi le futur syndicat FO est-il alors soutenu financièrement par l'entremise des syndicats américains du  Free Trade Union Committee et d'Irving Brown de la CIA.

Le projet de Joseph  Retinger, diplomate polonais émigré d'Europe de l'Est, de créer une Commission d 'Europe Centrale et Orientale regroupant des émigrés de ces pays reçoit des soutiens des USA via les fondations Ford ou Rockefeller. Avec Paul van Zeeland et Paul-Henri Spaak, Joseph Retinger est à l'origine  des réunions du Groupe d'influence Bilderberg en 1952 ; Guy Mollet et Antoine Pinay représentaient la France lors de la première réunion.

La Commission Trilatérale  se crée un peu plus tard en 1973, après la crise du dollar et le choc pétrolier, à l'initiative de quelques dirigeants du groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations, parmi lesquels David Rockefeller, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski. La Trilatérale se propose de réunir régulièrement des personnalités influentes des trois régions industrielles Amérique-Europe-Japon afin d'harmoniser les relations entre les démocraties développées du "monde libre". La question peut se poser sur le fait que la Trilatérale puisse constituer une approche alternative à celle du Club de Rome dont le premier rapport alarmiste de 1972 avait fait sensation ou si les deux organisations s'inscrivent dans un projet mondialiste commun.

Ce monde d'avant la Chute du Mur porte donc en germe toutes les évolutions futures de la Globalisation et il est travaillé par les luttes intestines est-ouest et la volonté des libéraux américains de réduire le pouvoir d'influence des idéologies marxistes dans le monde culturel et intellectuel européen.

 

Les mises en place de la mondialisation ou de la construction européenne se font ainsi suivant le même schéma des petits pas et la même méthode que celle de Monnet avec des délégations de souveraineté remises à des organismes technocratiques indépendants. Il s'agit d'éviter la confrontation directe d'un projet détaillé avec les aléas d'un vote démocratique. Ces méthodes portent en elles les germes de leur échec futur comme le déclarait Dominique Strauss-Kahn dans un rapport remis à Romano Prodi en mars 2004 :

« Aujourd'hui la méthode Monnet est arrivée à épuisement. Le déséquilibre qu'elle a généré - des compétences politiques de plus en plus importantes confiées à une institution de nature technique - provoque une crise institutionnelle profonde : l'Union européenne est malade de son déficit démocratique. »

On peut ajouter que ce fonctionnement de nature oligarchique et ce manque de confrontation aux débats démocratiques ne peut que conduire à de graves dysfonctionnements. 

 

Pour  la France ces évolutions vont être particulièrement renforcées par les liens puissants tissés depuis Colbert, puis Napoléon entre la Haute Administration d'Etat et les Grandes Entreprises.Les rouages essentiels en sont d'une part l'efficacité d'une administration maillant tout le territoire et d'autre part le système Grandes Ecoles-ENA forgé ensuite sous l'égide des Hussards de la République et du dirigisme d'Etat.

Une étude des dirigeants des grandes entreprises françaises effectuée par MM. Dudouet et Joly en 2007 résume de la sorte plusieurs enquêtes faites en 1970 puis en 1990 : "Au-delà de leurs divergences d’approches, ces enquêtes s’entendaient pour reconnaître un fort tropisme du système des grandes écoles et du passage par l’État parmi les propriétés sociales des dirigeants de grandes entreprises. Ce particularisme pouvait s’expliquer en partie par le caractère encore très franco-français des grandes entreprises ou par la position prépondérante que l’État occupait dans l’économie du pays." L' étude de 2007 sur les dirigeants des sociétés du CAC 40 montre que la même tendance perdure. La sortie d'une très grande Ecole, un passage par l'ENA puis un poste dans un cabinet ministériel constituent un sésame de choix pour "pantoufler" ensuite dans les hautes sphères du pouvoir économique et en retirer de substantiels dividendes.

Certes, ce système  a pu bien fonctionner dans une économie fermée avec un état dirigiste fort et  a réussi à hisser la France au rang des grandes puissances industrielles jusque dans les années 70 avec des fleurons dans l'aéronautique, l'espace, le ferroviaire, le nucléaire, l'automobile, le BTP... Par contre l'ouverture des marchés et l'affaiblissement du rôle de l' Etat installés progressivement par la révolution libérale des années 80 vont introduire de graves dysfonctionnements dans notre système d'élaboration des élites dirigeantes.

Le contrôle fort de l'Etat et de l'administration en dernier recours limitait dans le précédent contexte les dérives  d'enrichissement personnel ou les politiques d'influence au bénéfice de seuls intérêts économiques privés.

Mais avec le recul de l'Etat et la montée en puissance de l'Argent-Roi des années 80 cette perméabilité entre la Haute Administration et le pouvoir économique ne va pas sans générer de sérieux conflits d'intérêt alors même que ce délit est resté longtemps ignoré par la Loi française!

En 2007, 28% des dirigeants du Cac 40 sont d'anciens hauts fonctionnaires, la plupart issus des filières Polytechnique, HEC, Sciences Po-ENA et ce pourcentage atteint 34% dans les Conseils.

 

Ambroise Roux est une figure du capitalisme français à la charnière de ces deux époques dont le parcours illustre bien cette évolution. Il est admis à l'école Polytechnique sous le régime de Vichy et devient directeur du cabinet de Jean-marie Louvel, ministre MRP de l'industrie de 1951 à 1954. Grâce au réseau des X il est nommé directeur général adjoint de la CGE (Compagnie Générale d'Electricité) puis, dix ans plus tard, juste retour d'ascenseur, il réussit à faire nommer JM Louvel à la tête de la CGE et lui succède  donc naturellement en 1970.

Dans cette période des Trente Glorieuses, de forte croissance et de Commissariat au plan, la CGE occuppe une place de choix dans l'économie française, équipements électriques, puis informatique avec la CII en 1966, les Télécom avec CIT-Alcatel en 1968, l'énergie et le nucléaire avec l'acquisition d'Alsthom en 1970. La montée en puissance de la CGE dans l'économie française alimente la puissance d'Ambroise Roux dans le capitalisme français et dans les milieux politiques ; il préside la Commission d'Economie Générale (CEG) du CNPF depuis 1961 et jouit d'une grande écoute auprés de Pompidou à Matignon puis à l'Elysée jusqu'en 1974. Il entretient également de bons contacts avec Edouard Balladur, secrétaire général de l'Elysée sous Pompidou et lui proposera deux directions à la tête de filliales de la CGE (GSI en 1977 puis la Compagnie Européenne d'Accumulateurs en 1980) lorsque la victoire de Giscard d'Estaing l'écarte des cabinets ministériels.

Aux élections présidentielles de 1974, A Roux avait ouvertement soutenu la canditature de l'équipage Chaban-Delmas, Delors et de leur "Nouvelle Société" ce qui ne l'avait pas empéché de participer au financement de la campagne de Giscard.

 

La décennie 70 est celle de tous les bouleversements financiers et monétaires et connait une forte inflation ; face au développement des échanges internationaux le système du dollar convertible or et des changes fixes de Bretton Wood ne pouvait plus fonctionner correctement d'autant plus que les déficits budgétaires et commerciaux des USA se creusaient dangereusement ; la convertibilité or est abandonné en 1971 par le président Nixon et on rentre en 1973 dans un système de changes flottants. Le choc pétrolier de 1973 vient compliquer encore la situation en creusant les déficits extérieurs des pays consommateurs.

Les déficits commerciaux américains et les sommes considérables en dollars perçus par les pays pétroliers vont alors provoquer la crise des eurodollars et pétrodollars. Ces capitaux énormes en dollars détenus hors USA vont en effet servir à alimenter un marché financier parallèle, de gré à gré, dans les banques européennes générant ainsi, hors controle des banques centrales, une création monétaire en eurodollars par l'attribution de prêts en dollars à des taux très interessants. Ces marchés parallèles et cette autonomisation de la Finance par rapport aux Etats et aux banques centrales vont initier le début de l'ouverture  des marchés de capitaux et de la toute puissance du monde financier.

Le cours du dollar est alors au plus bas et les devises des pays exportateurs comme l'Allemagne ou le Japon atteignent des sommets (ce qui conduit d'ailleurs ces pays à privilégier leur compétitivité ou la montée en gamme et en qualité de leurs produits devenus plus chers) ; l'Europe introduit en 1972 un système de change flottant entre ses diverses monnaies avec des marges de 2,5% . Il forme le Serpent Monétaire Européen qui ne réussit pas à controler les écarts de fluctuation avec le mark ou les attaques spéculatives (départ de la livre dès 1972, puis de la lire en 1973, le franc doit sortir deux fois en 74 et 76) ; le système monétaire Européen (SME) est réaffirmé à nouveau en 1979 avec cette fois une marge de fluctuation des monnaies européennes de 1,125 par rapport à un panier de devises communautaires appelé "écu". Ces désordres monétaires combinés à l'importance des liquidités disponibles et à l'efficacité syndicale dans la compétition prix-salaires-taux d'intérêt contribuent à expliquer l'importance de l'inflation dans la majorité des pays de l'OCDE, au moins autant que le choc pétrolier.


Ces forts taux d'inflation ne font pas les affaires des rentiers qui voient la rentabilité de leurs placements passer assez rapidement dans le rouge aussi les politiques en place ne vont pas tarder à réagir. L'emprunt Giscard de 1973, indexé plus au moins directement sur le cours de l'or vaudra à l'Etat un surcoût de quelques 70 milliards de francs sur 15 ans (prés de 10 fois le montant de l'emprunt).Les politiques de compression salariale et de restructuration compétitive vont se mettre progressivement en place sous la pression croissante des milieux financiers et patronaux. La révolution libérale est en marche.




A suivre dans la partie II.: Comment le système oligarchique a-t-il pu s'installer?


 

 

 

 

 

 

 


 


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