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Dette et Souveraineté

 

Les économistes scientifiques ont des opinions contradictoires sur une éventuelle monétisation de la dette au prétexte de possibles risques inflationnistes. Par contre, la plupart concède que les eurobonds-obligations eurosolidaires, émises sur le marché-  ne peuvent pas régler le problème à cause de l’effet domino induit par ses contractants les plus faibles et aussi du fait de la massification du panel de dettes.

Le problème de la monétisation de la dette et du rôle de la BCE renvoie à un problème de fond qui est celui de la souveraineté monétaire des États et du rôle des banques. Il ne s’agit donc pas d’un simple problème technique mais d’un problème fondamentalement politique ainsi que le rappelle Stieglitz dans une récente déclaration: « Cela montre que les banques centrales sont des institutions politiques, avec des objectifs politiques et que les banques centrales indépendantes tendent à devenir le jouet (au moins au sens cognitif) des banques qu’elles sont supposées réglementer. »

Rappelons que si le principe de monétisation (très partielle) de la dette par les Banques centrales souveraines a été abandonné dans les années 70 en France cela s’est fait sous la pression des Banques et pour développer le marché des obligations souveraines permettant ainsi d’amorcer un formidable gisement de ressources financières. Cet abandon de souveraineté n’a d’ailleurs pas empêché les fortes inflations des années 70-80  mais a par contre indiscutablement provoqué le chômage qui a suivi et suit encore.

Rappelons également que la dette publique qui était encore de l’ordre de 90 milliards d’’équivalents euros 2010 en 1978 a pu atteindre ainsi les 1600 Mds en 2010 (au sens de Maastricht) et qu’elle serait restée au niveau de 1978 si elle avait été correctement financée par une Banque centrale souveraine. dette souveraine

Rappelons également que la masse monétaire mondiale en dollars a été multipliée par plus de 20 depuis ces quarante dernières années et que cela n’a pas affecté l’inflation nominale (hors bulles immobilières, boursières,…)

Par ailleurs la corrélation inflation-masse monétaire est tout sauf systématique ainsi que l’ont montré les études des nouveaux prix Nobel 2011-Sargent et Sims- ils ont étudié les relations interactives complexes entre ces différentes notions lors des 40 dernières années et ont relevé qu’il n’y a pas de relation simple du type cause-effet et proposent des modèles algorithmiques  complexes dont ils reconnaissent eux-mêmes qu’ils ne peuvent l’appliquer à la situation actuelle !

Dans le contexte de la crise actuelle, à chaud, et faute d’avoir pu discuter en 2008 de la remise à plat du système monétaire et de la régulation globale de la mondialisation et de l’OMC suivant le modèle du bancor de Keynes, il me parait plus « facile » d’agir sur le comportement de la BCE et de quelques gouvernements européens directement concernés et de négocier quelques pistes qui pourraient être :

 

·         Financement direct par la BCE d’une partie (négociée au niveau européen) des émissions d’obligations souveraines des États concernés.


·         Émission d’un emprunt citoyen par les mêmes États d’un montant au moins comparable à des taux inférieurs à ceux du marché (nécessitant une forte campagne de communication gouvernementale et une adhésion des principaux partis)


·         Financement par la BCE d’un plan Européen décennal de sortie de Crise : grands travaux, recherche, éducation.

 


Ce sera toujours mieux que d’attendre l’effondrement systémique puis la venue de l’Homme Fort Providentiel !

 

Tag(s) : #economie politique