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Je n’ai pas la prétention de jouer les oracles à la manière très sinueuse d’un Jacques Attali ou plus convaincante d’un Emmanuel Todd ou d’un Paul Jorion. Si le premier a l’art bien reconnu de toujours retomber sur ses deux pieds, les deux autres suivent leurs intuitions des catastrophes à venir, désespérant parfois de ne pas être assez entendus au risque de jouer les Cassandre de service.

Mon propos est de faire un point d’étape et de dresser un état des lieux de mes inquiétudes quant à l’état du monde. Mes préoccupations concernent quatre grands domaines de l’anthropocène :

  • La crise environnementale et le changement climatique
  • La fin des ressources facilement exploitables et la crise démographique
  • La crise économique et financière de la mondialisation dérégulée
  • La crise géopolitique en cours

Ces quatre domaines sont totalement interdépendants avec comme point central l’énorme prédation destructrice de l’espèce humaine sur l’écosystème terrestre liée à l’explosion démographique des derniers siècles.

Crise environnementale

Je ne vais pas reprendre tous les éléments du dernier rapport du GIEC et je rappellerai seulement que le consensus sur le changement climatique d’origine anthropique est maintenant solidement étayé par des observations scientifiques de plus en plus nombreuses. L’organisation météorologique mondiale a dressé un bilan climatique mondial de l’année 2014.

« En 2014, la température moyenne à la surface du globe était supérieure d'environ 0,57 °C (1,03 °F) à la normale calculée pour la période 1961-1990, qui est de 14,00 °C (57,2 °F). En regard des valeurs nominales, 2014 est l'année la plus chaude jamais observée. Moyennées à l'échelle du globe, les précipitations en 2014 ont été proches de la normale (1 033 mm). La sécheresse a sévi dans le sud-ouest des États-Unis, le nord-est de la Chine, l'est du Brésil et certains pays d'Amérique centrale.

Selon le Centre national américain de données sur la neige et la glace, la banquise arctique a atteint le 17 septembre 2014 son minimum saisonnier, en moyenne journalière, soit 5,02 millions de km2. Ce dernier chiffre se classe au sixième rang des plus bas jamais constatés. En juin, juillet et août, la fonte des glaces observée à la surface de l'inlandsis groenlandais a été supérieure à la moyenne de la période 1981-2010. L'été 2014 est le plus chaud qui ait été constaté à Kangerlussuaq, dans l'ouest du Groenland, là où le processus de fonte en surface a été le plus intense.

L’étendue de la banquise antarctique s'est maintenue à des niveaux records, en moyenne journalière, pendant une bonne partie de l'année et a atteint un maximum record pour la troisième année consécutive. À l'échelle du globe, 78 tempêtes tropicales ont été observées en 2014. Ce chiffre est inférieur aux 94 tempêtes de la saison 2013, ainsi qu’à la moyenne de 89 calculée pour la période 1981-2010, mais supérieur aux 67 tempêtes observées en 2010, total le plus faible de l’ère des satellites modernes. »

On peut lire ici une étude rappelant les risques encourus suite à nos émissions continues de Gaz à effet de serre. Les émissions anthropiques de GES dans le monde se sont élevées à 49 Gt*d’équivalent CO2 en 2010. (* 1 gigatonne = 1 milliard de tonnes). Les émissions des six gaz à effet de serre couverts par le protocole de Kyoto ont augmenté de 70% depuis 1970 et de 24% depuis 1990. En 2012, la température moyenne planétaire a progressé de 0,89°C par rapport à la moyenne du XXe siècle. En été, elle pourrait augmenter de 1,3°à 5,3° à la fin du XXIe siècle ; En France, le nombre de journées estivales, c’est-à-dire avec une température dépassant 25°C, a augmenté de manière significative sur la période 1950-2010.

De 1975 à 2004, le PH (potentiel hydrogène) des eaux superficielles des océans a diminué de 8,25 à 8,14 ce qui traduit une acidification lente des océans (qui restent cependant un milieu alcalin PH>7). La concentration en ions H+ « [H+] » qui définit l’acidité a augmenté ainsi de près de 30% ( on a en effet la formule : [H+] =10exp(—PH) ) ; Sur la base des prévisions du GIEC, le pH des mers devrait encore diminuer de 8,14 actuellement à 7,8 d'ici la fin du siècle alors qu'un communiqué de presse du CNRS avance une baisse de 0,4 (l’acidité serait alors multiplié par 2,5).

Le consensus scientifique du GIEC est qu’on ne pourra pas éviter une hausse de 2°C à la fin du siècle en cours.

La hausse du niveau moyen des océans depuis 1992 a été récemment revue à la hausse à 3,3mm/an grâce aux relevés satellitaires ; si le réchauffement climatique ne peut être limité à 2°C en 2100, on peut craindre alors une possibilité d’emballement climatique avec une accélération de la fonte de la calotte glaciaire du Groenland pouvant conduire à une hausse de plus d’un mètre du niveau des mers (jusqu’à 7 mètres en cas de fonte totale) et à de très fortes élévation des températures (6°C) et de l’acidité des mers. Les conséquences sur l’écosystème terrestre seraient très destructrices et auraient des impacts dramatiques sur les populations humaines et de nombreuses autres espèces.

Les alternatives à mettre en place pour réduire les émissions de GES font l’objet de nombreux plans de transitions énergétiques, économiques et écologiques qui n’emportent pas encore l’adhésion du grand public et du monde économique. Et pourtant, il y a urgence si on veut éviter le pire !

Il n’est pas question de dire que la survie de la planète est en jeu ! Elle en a déjà vu de toutes les couleurs lors de sa longue existence ; l’espèce humaine ne sera pas non plus éliminée mais la facture à régler risque d’être très salée !

http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2015/06/climat-pas-de-hiatus-finalement.html

Crise des ressources ; crise démographique :

L’étude précédente-déjà citée en lien- http://environnement.geopolitique.over-blog.fr/2014/11/quelques-donnees-environnementales.html établit un parallèle entre la consommation énergétique, l’émission de GES, la déforestation et la croissance de la population humaine.

Etat du Monde  juin 2015 n°1
Etat du Monde  juin 2015 n°1

On constate que la croissance de la population s’est fortement accélérée à partir de la fin du 19eme siècle, 90 ans pour croitre d’un demi milliard puis 30 ans pour le suivant, encore 40 ans pour un autre milliard, puis 15 ans pour le suivant, puis seulement 11ans pour atteindre 5 milliards en 1986 ; la croissance est moins rapide ensuite : 12ans pour atteindre 6 Mds, puis 14 ans pour arriver à 7 Mds puis ensuite à 8, 15 pour arriver à 9 et l’estimation moyenne de l’ONU prévoit plus de 20 ans encore pour dépasser 10 milliards. Certains pensent que la transition démographique et la stabilisation interviendront plus tôt.

Je crains qu’ils ne soient par trop optimistes car les évolutions favorables à une stabilisation : progrès économique et social homogène, stabilité géopolitique, ne sont pas présentes au rendez vous.

Dores et déjà de nombreuses ressources énergétiques et minières apparaissent fortement limitées à un horizon de 50 à 100 ans ; ainsi pour le pétrole, énergie de base de notre société de consommation et de mobilité mais aussi pour la plupart des minéraux ou métaux intervenant dans l’électronique et l’informatique, autres piliers de nos sociétés contemporaines.

Ressources alimentaires

Notre emprise sur l’écosystème  (empreinte écologique) ne cesse de croitre : nous consommons actuellement  chaque année une fois et demie la capacité biologique durable de notre écosystème. La limite de cette capacité a été dépassée dans les années 80 alors que la population humaine venait de franchir le cap des quatre milliards. La perspective d’avoir à nourrir de façon durable plus de 9 milliards d’humains en 2050 me laisse assez dubitatif.

Sur l’ensemble de la surface terrestre (environ 51 milliards d’hectares), la SAU (surface agricole utile) représente 5 milliards d’ha (un tiers de la superficie des terres émergées estimée à 15 milliards d’ha), soit :

  • 3,4 milliards d’ha de terrains de parcours, pâturage;
  • 1,5 milliard d’ha en terres arables ;
  • 140 millions d’ha en plantations diverses (vergers, palmiers, vigne, plantes aromatiques, thé, café...). (Wikipedia)

Le défrichement de nouvelles terres agricoles sera moindre que par le passé. Au cours de la période 1961-63 à 1997-99, l'expansion des terres arables dans les pays en développement a atteint au total 172 millions d'ha, soit une augmentation de 25 pour cent. L'accroissement nécessaire au cours des 30 prochaines années ne sera que de 120 millions d'ha, soit 13 pour cent dans les pays en développement. Entre le début des années 1960 et la fin des années 1990, la SAU n'a augmenté que de 11 pour cent, alors que la population mondiale a presque doublé. Par conséquent, la superficie de terres cultivées par personne a diminué de 40 pour cent, passant de 0,43 ha à 0,26 ha seulement. La surface de terre arable par personne en 2010 est de 0,23 ha ; en 2050 elle devrait passer à 0,185 ha.

  La FAO fait preuve d’un optimisme qui semble peu durable. Actuellement, quelque 1,5 milliards d'ha de terres sont utilisés pour les cultures arables et permanentes, soit environ 11 pour cent de la superficie en terres de la planète. La FAO et l'Institut international pour l'analyse des systèmes appliqués (IIASA), ont procédé à une nouvelle évaluation des sols, de la topographie et des climats et ont trouvé que 2,8 milliards d'ha supplémentaires sont aptes dans une certaine mesure à l'agriculture pluviale. Ceci est presque le double de la superficie actuellement exploitée !

Dans la pratique c’est loin d’être aussi simple : 45 pour cent de cette superficie sont des forêts, 12 pour cent sont des zones protégées et 3 pour cent sont occupés par des infrastructures. En outre, une grande partie de cette "réserve" de terres pourrait bien avoir des caractéristiques peu propices à une agriculture facile et durable.

Dans ces conditions, l’expansion de la SAU ne pourrait qu’aggraver les déséquilibres climatiques.

Actuellement, les forêts couvrent environ 4 milliards d’hectares, soit près de 31 % des terres du globe. (FAO, 2010b) Sur 5 000 ans, les pertes de terres forestières dans le monde sont estimées à 1,8 milliard d’hectares, soit une perte moyenne nette de 360 000 hectares par an (Williams, 2002). Au cours des dix dernières années les pertes moyennes nettes se situent à environ 5,2 millions d’hectares (FAO,2010b). La déforestation va donc environ 14 fois plus vite ! La déforestation brute (sans compter les plantations) est de l'ordre de 25millions ha/an lors des quatre dernières années, essentiellement des forêts tropicales. 580 t eqC02 sont émises par hectare de forêt tropicale déforestée (combustion et décomposition)

www.fao.org/docrep/016/i3010f/i3010f.pdf

La dégradation de zones protégées ne pourrait avoir qu’un impact négatif sur les grands équilibres de l’écosystème et la biodiversité : zones humides, deltas, mangroves.

Par ailleurs, il est illusoire de penser que l’on pourra réduire et à fortiori récupérer la SAU occupée par des infrastructures alors que la croissance de la population augmentera l’emprise de ces infrastructures.

Les surfaces aménagées mondiales sont de l’ordre de 152millions ha. En France, elles s’accroissent tous les 10 ans de 8000 km², ce qui correspond à la surface du département de la Seine-et-Marne. Pour le Monde, la croissance est de 20 millions ha/an. http://www.reporterre.net/spip.php?article4116.

Cette estimation optimiste des possibilités d’expansion de la SAU se heurte également au constat alarmant de la dégradation accélérée des sols relevée depuis plusieurs décennies.

L'étude la plus complète à ce jour, l'Evaluation globale de la dégradation des sols GLASOD, (Global Assessment of Soil Degradation ), date maintenant d'il y a plus de dix ans. GLASOD estimait qu'un total de 1 964 millions d'ha étaient dégradés, dont 910 millions étaient au moins modérément touchés (avec une productivité considérablement réduite) et 305 millions l'étaient fortement ou gravement (devenus inaptes à l'agriculture). L'érosion due à l'eau était le problème le plus courant, affectant près de 1 100 millions d'ha, puis venait ensuite l'érosion éolienne, qui affectait près de 600 millions d'ha  et la salinisation des sols.

La ressource en eau douce/

 

Le problème crucial de la ressource en eau vient également tempérer l’optimisme de la FAO ; l'agriculture occasionne environ 70 % de toute la consommation d'eau douce sur la planète.
Cette consommation est essentiellement le fait de l'agriculture irriguée, qui occupe environ 17 % des terres cultivées mais assure 40 % de la production agricole mondiale.

 

Les quantités d'eau douce disponibles sont passées d'une moyenne de 12 900 m3 par habitant et par an en 1970 à 6 800 m3 en 2004. Au rythme actuel de la croissance démographique et de l'évolution de la consommation, la quantité moyenne disponible par tête ne serait plus que de 5 000 m3 en 2025.
La population vivant sous le seuil de rareté absolue (soit 500 m3 par habitant et par an) approcherait alors 1,8 milliard. Les exemples actuels des dommages liés à la surexploitation de la ressource ne manquent pas

  • Dans la grande plaine du nord de la Chine, les ponctions opérées aux dépens du fleuve Jaune induisent l'assèchement de son cours inférieur pendant environ 200 jours par an .
  • Aux États-Unis, la nappe d'Ogallala, qui s'étend du Dakota du Sud jusqu'au Texas sur une superficie équivalente à la France se vide progressivement.
  • À Mexico, l'eau pompée dépasse les capacités de la nappe phréatique
  • La mer d'Aral a perdu 60 % de sa superficie depuis les années 1960
  • Depuis le début des années 2000, le niveau de la mer Morte baisse d'un mètre par an en raison des prélèvements dans le fleuve Jourdain.
  • En Afrique, le lac Tchad a perdu 80 % de sa superficie…

Le réchauffement climatique va encore réduire la disponibilité de la ressource en eau comme on peut déjà le constater dans de nombreuses zones comme la Californie, l’Australie, le sud de l’Europe, le Moyen Orient ou l’Asie Centrale.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ressource_hydrique

 

 Par ailleurs, plusieurs pays vont connaitre un accroissement rapide de la demande de viande et de lait ce qui va renforcer la compétition pour les terres culturales et l’eau et peser à la hausse sur les prix du maïs et autres céréales. En effet, il faut 4,5 calories végétales pour produire une calorie d’œuf ou de lait et 9 calories végétales pour produire une calorie de viande de bœuf ou d’agneau. Ainsi, un végétarien consommera indirectement 1 500 litres d'eau par jour, contre 4 000 pour un amateur de viande, surtout s'il consomme du bœuf.

La consommation domestique  représente environ 10 % de l'utilisation d'eau douce dans le monde avec de très grandes variations d'un pays à l'autre : de 100 à 600 litres par jour et par habitant au Japon, en Amérique du Nord et en Europe à 10 à 40 litres en Afrique, tandis que la quantité minimale nécessaire d'eau propre serait de 50 litres par jour et par personne.

Pression spéculative sur les terres des pays pauvres :

Comme on peut le voir dans ce site :

http://www.landmatrix.org/en/, de nombreux groupes financiers et des Fonds souverains de pays riches cherchent à louer (très longue durée) ou acheter de vastes espaces de terres agricoles dans des pays parmi les plus pauvres du monde ; ils espèrent ainsi anticiper les hausses à venir sur les terres et les céréales et ou s’assurer des capacités d’autosuffisance alimentaire voire énergétique (agro carburants).

D’ores et déjà près de 50 millions d’ha sont ainsi visés par des « investisseurs » aux premiers rangs desquels on retrouve les USA, la Malaisie, Singapour, les pays du Golfe, les Britanniques ; les territoires ciblés sont la Papouasie, l’Indonésie pour le palmier à huile, l’Afrique mais aussi la Russie et l’Ukraine.

Etat du Monde  juin 2015 n°1
Etat du Monde  juin 2015 n°1

 

  La FAO compte, d’une certaine manière, sur ces apports capitalistiques et sur cette intensification des procédés culturaux attendus pour mieux satisfaire les besoins alimentaires des neuf milliards d’habitants des années 2050. On a vu précédemment que ce pari est loin d’être jouable et qu’il va conduire nécessairement à une dégradation croissante des conditions climatiques.

Le dernier rapport de 2007 de l’IAASTD (Évaluation Internationale des Connaissances, des Sciences et des Technologies Agricoles pour le Développement, dans le cadre de l’ONU, comme pour le GIEC) pointe cependant les problèmes des petits paysans qui risquent de se voir ainsi reléguer dans les bidonvilles des grandes cités et qui nécessiteraient des politiques spécifiques de soutien. Depuis lors il semblerait que l’IAASTD soit resté inactif…

Le modèle agricole productiviste mondial selon Olivier de Schutter, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, ne pourra faire face à ces enjeux démographiques s’il ne s’appuie pas prioritairement sur un soutien à l’agro écologie et à l’agriculture familiale dans les pays pauvres.

Faute de pouvoir agir sur la croissance démographique et les grandes orientations libérales de l’économie mondialisée on doit donc s’attendre à une emprise encore plus grande de l’agriculture productiviste avec, à la marge le développement d’initiatives locales tournées vers l’agro écologie.

Il en résultera un impact encore plus grand de l’agriculture sur les émissions de GES.

 

Etat du Monde  juin 2015 n°1

  Au niveau mondial, répartition des émissions de GES par secteurs

UTCF: changement d’occupation des sols et forêts

On constate qu’à l’échelle mondiale, énergie, transport, bâtiments et déchets représentent 50% des émissions.

Agriculture et UTCF comptent pour 31%, l’industrie pour un peu moins de 20% .

http://www.fao.org/docrep/004/y3557f/y3557f08.htm#TopOfPage

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