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Après la Vague d’attentats et la  Ola républicaine...La guerre contre le terrorisme... Et l'extrémisme violent, bien sur!

La France a déjà connu des vagues d’attentats dans le passé mais c’est la première fois qu’on assiste à une telle réaction dans l’opinion publique française.

J’avais moi-même-très indirectement-senti le vent du boulet lors de l’attentat aveugle du RER B Saint Michel le 25 juillet 1995.

C’était sur la ligne qu’empruntait mon fils, alors étudiant, entre ses cours et sa résidence et je n’arrivais pas à le joindre jusqu’à tard en soirée ; en désespoir de cause j’appelais la ligne dédiée aux familles qui m’orientait alors sur la cellule d’information aux victimes, la correspondante me demanda l’identité exacte de mon fils et prit le temps de consulter ses listes; les quelques secondes qui ont suivi furent certainement les plus angoissantes que j’ai eu à connaitre. La réponse a été négative et mon fils avait été retenu en fait par une conférence d’information donnée à son école.

J’avais alors pu ressentir cette profonde angoisse que peut générer un attentat frappant au hasard dans la foule anonyme.

D’autres attentats ont frappé des personnalités ciblées comme ceux de René Audran en 1985, ingénieur général de l’armement, ou de Georges Besse, PDG de Renault, en 1986 par Action Directe.

Les attentats dits de Merah en mars 2012 visaient à la fois des militaires « issus de la diversité » puis des membres de la communauté Juive de Toulouse et ils avaient fait également l’objet d’une forte couverture médiatique.

Aucun de ces différents attentats n’avait pourtant provoqué en France une telle réaction d’émotion.

Comment expliquer alors cette immense émotion, cette sourde angoisse qui ont submergé la population française depuis ce mercredi 7 janvier 2015 et qui vont croitre encore après les deux tragiques prises d’otage des terroristes à Dammartin et à Vincennes?

esprit de Charlie

esprit de Charlie

Incontestablement, la notoriété de certaines des victimes, Cabu, Wolinski, Bernard Maris, et leur présence dans la mémoire collective de la culture française ont joué dans l’intensité émotionnelle du massacre de Charlie ; il y a aussi cette atteinte intolérable à la liberté de la Presse. Mais tout cela ne suffit pas à expliquer ce raz de marée émotionnel.

Il y a convergence de plusieurs facteurs :

  • Le creusement de la crise économique, sociale et politique qui frappe la France et l’Europe.
  • L’ouverture d’abimes géopolitiques en Europe de l’Est avec la réanimation d’une dangereuse guerre froide et dans le grand Moyen Orient, d’Afghanistan au Nigéria, avec l’émergence d’un djihadisme majeur, brutal et déterminé.
  • La redondance et l’omniprésence des informations par les différents médias et écrans viennent alors dynamiser les impacts émotionnels et psychologiques des différents évènements de l’actualité (ce qui n’était pas le cas lors des premières vagues d’attentat en France mais qui existait bien pour l’affaire Merah).
  • Le creusement d’une crise identitaire en France entre Islamisme, Judaïsme, christianisme et laïcité accélérée par les trois premiers éléments cités et particulièrement vive dans les quartiers périphériques.
  • Enfin des éléments conjoncturels locaux viennent encore amplifier les impacts des facteurs précédents : l’inconsistance et la fragilité du pouvoir politique actuel devenu largement minoritaire, la montée en puissance de Marine Le Pen sur fond d’exclusion et de préférence identitaire, l’envahissement du paysage médiatique par la guerre contre le terrorisme de Daesh, la sortie récente des deux livres polémiques de Zemmour et Houellebecq mettant en scène ces tensions communautaires.

On a donc une opinion publique fragilisée, instable, inquiète et voila que le diable Terroriste sort de sa boite, plus vrai, plus hideux qu’à la Télé, mais bien de chez nous, et qu’il vient frapper Charlie, non pas dans l’espace public, mais chez lui, sur son lieu de travail, dans sa maison !

Le terrorisme est potentiellement dans le jardin de chacun. Alors que la plupart des gens, préférait ne pas sentir leur angoisse, leur fragilité en essayant de les enfouir le plus possible dans l’oubli, le déni, le quant à soi, la consommation (pour ceux qui le peuvent encore), voila que tous les problèmes du monde leur sautent à la figure !

Diable terroriste!

Diable terroriste!

Charlie prend la Bastille?
Charlie prend la Bastille?

D’où cette espèce d’union sacrée proposée en guise de bouée dans la tempête et qui peut justifier le rebond spectaculaire ( +3.59%) de la Bourse de Paris!

Illusoire cependant si l’on ne cherche pas à réduire d’abord les différentes fractures communautaires et sociales !

Illusoire et vaine si l’on ne recherche pas les sources géopolitiques profondes de ce terrorisme et si on le réduit à un problème de blasphème sur fond d’extrémisme religieux !

Illusoire et dangereuse pour la paix du Monde si elle conduit à une intensification de nos guerres contre le terrorisme en Syrak mais aussi au Maghreb, au Sahel et dans la Corne de l’Afrique !

Mortifère pour nos libertés publiques si elle nous conduit à des dérives à la Patriot Act ou, plus proche de nous, à des mesures conduisant au labyrinthe judiciaire des gars de Tarnac (ultragauche de Fayot Marie) ou à la mort de Rémi Fraisse !

Car le Monde actuel est bien malade, bien fragile et qu’il porte en tout lieu les stigmates des anciens conflits. Nous ne pouvons ignorer ni l’histoire des temps anciens, ni celle du temps présent que nous avons à construire.

Nous devrions savoir que tous les massacres de l’histoire, qu’ils soient commis au nom d’un Dieu ou d’une Nation, ne font que servir des volontés de Pouvoir ou de Richesses.

Des massacres de la Saint Barthélémy à ceux de Srebrenica ou du Rwanda en passant par l’attentat de Sarajevo nous retrouvons toujours à l’œuvre les vertiges des émotions, de la douleur à la haine et la colère, mais aussi les froids calculs géopolitiques de Maitres tout puissants.

La "marche" républicaine des chefs ; les Chefs
La "marche" républicaine des chefs ; les Chefs

La "marche" républicaine des chefs ; les Chefs

Les deux photographies ci-dessus de la marche républicaine des chefs invités par François Hollande sont riches d’enseignements divers.

La vue d’en haut montre bien que cette « marche » est une illusion

destinée à montrer au Monde l’image symbolique de ces chefs d’États ou de gouvernements, tous unis dans une même ferveur et marchant avec le peuple de France. On y voit en effet que les chefs ne sont là que pour la photographie, hors de la foule sur une portion de boulevard complètement vidé.

L’ironie de l’histoire est qu’ils dessinent sur le boulevard la forme d’un croissant…islamiste !

La deuxième photographie, celle à l'usage du bon peuple afin de récupérer

des points de sondages favorables, nous renseigne sur les invités à cette marche et sur leurs places dans le cortège.

F.Hollande y est au centre en tant que chef de l’État hôte et, à sa droite, se trouve donc l’invité principal de circonstance, le Président du Mali, dans le rôle du Musulman ami, vaillamment défendu par l’Armée française contre les hordes djihadistes depuis deux ans, jour pour jour.

A sa gauche nous trouvons alors Dame Merkel, Reine d’Europe qui nous a fait l’honneur de venir. Les deuxièmes rangs, à droite et à gauche sont occupés respectivement et symboliquement par Netanyahu et Abbas, illustrant faussement une pseudo entente israélo palestinienne.

On y trouve ensuite tout le gratin de l’UE : le Premier ministre britannique David Cameron, le président du conseil italien Matteo Renzi, le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le président du Parlement européen Martin Schulz, le président du Conseil européen Donald Tusk, les chefs de gouvernement danois Helle Thorning-Schmidt, belge Charles Michel, irlandais Enda Kenny, néerlandais Mark Rutt, luxembourgeois Xavier Bettel, suédois Stefan Lofven, finlandais Alexander Stubb, polonais Ewa Kopacz, grec Antonis Samaras, portugais Pedro Passos Coelho, maltais Joseph Muscati, tchèque Bohuslav Sobotka, letton Laimdota Straujuma, bulgare Boïko Borisov, hongrois Viktor Orban et croate Zoran Milanovic, montenagrais Igor Luksic, slovaque Robert Fico, slovène Miro Cerar, ainsi que le président roumain Klaus Iohannis.

On y trouve également le roi de Jordanie Abdallah II et la reine Rania, la présidente de la Confédération suisse Simonetta Sommaruga, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, la Première ministre norvégienne Erna Solberg, la présidente du Kosovo Atifete Jahjaga, les Premiers ministres albanais Edi Rama, turc Ahmet Davutoglu et géorgien Irakli Garibachvili, le président ukrainien Petro Porochenko, le vice-premier ministre de Bosnie-Herzégovine Zlatko Lagumdjiza, le Premier ministre tunisien Mehdi Jomaa et le ministre d'Etat de Monaco Michel Roger.

Les présidents du Gabon, Ali Bongo et du Niger, Mahamadou Issoufou, sont présents ainsi que le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, tout comme les dirigeants d'autres institutions internationales (Organisation internationale de la Francophonie, Bureau international du Travail, Ligue arabe).

Les représentants du Quatar et de l’Arabie saoudite participent bien sur à la marche.

Les USA se signalent cependant par l’absence de représentants d’importance. Il est vrai que dans les spectacles de marionnettes on ne voit pas celui qui tire les ficelles.

L’OTAN et ses affidés sont heureusement largement représentés ainsi que la Coalition anti Daesh.
marionnettiste et terroriste, même combat!

marionnettiste et terroriste, même combat!

On peut donc voir dans ce rassemblement un aperçu de la délégation qui se rendra à Washington le 18 février au grand sommet contre le Terrorisme et l’extrémisme violent d’Obama !

Ce sommet contre le Terrorisme et l’extrémisme violent et les diverses négociations secrètes en cours pour des partenariats de libre échange Euramérique et Asie-Pacifique

nous placent au cœur même des prétentions hégémoniques des USA et dans le droit fil de la politique des néo-conservateurs de Bush mais à la mode smart power d'Obama.

Les ambitions géopolitiques sont toujours celles d’établir l’hégémonie mondiale de l’Empire Américain, ainsi que l’écrivait déjà en 1997 Brzezinski, le stratége de plusieurs présidents US entre Carter et Obama, dans son livre « Le Grand Echiquier »

La plupart des Etats représentés dans cette marche, s’inscrivent dans ce projet américain par le biais de l’Otan ou de la Coalition anti Daesh.

Les présences de Netanyahu et d’Abbas viennent nous rappeler que le conflit Israélo Palestinien et le martyre injuste du peuple Palestinien sont une des causes premières de l’hostilité croissante du Monde musulman et arabe envers l’occident et plus particulièrement le bloc allié USA-Israël.

La présence de Netanyahu responsable des sanglants massacres de populations civiles à Gaza, véritables terrorisme d'état et crime humanitaire, venant défiler pour condamner des actes individuels et isolés de terrorisme est une injure faite aux victimes de Charlie. Tout comme la venue du Président Porochenko qui fait massacrer aveuglément des populations civiles dans le Donbass et les prive des ressources en eau et électricité.

Que dire alors des représentants du Qatar, de l'Arabie Saoudite et de la Turquie dont les soutiens financiers et logistiques aux mouvements islamistes radicaux et à l’Etat Islamiste sont bien établis!

On doit cependant reconnaitre que le plus grand manipulateur en extrémisme islamiste ou milices diverses est incontestablement le Département d’État Américain

avec l’aide financière des émirs d’Arabie Saoudite. L’utilisation des militants religieux contre des régimes Laïcs ou socialistes a souvent été une arme efficace entre les mains des USA.

Cela a commencé dès les années 1978 contre le régime communiste d’Afghanistan avec les talibans et le saoudien Ben Laden agissait alors pour le compte de la CIA. Quelques années plus tard, Ben Laden est devenu l’ennemi public numéro 1 et les USA sont allés bombarder l’Afghanistan et renverser le régime des talibans qu’ils avaient contribué à mettre en place.

Ce phénomène de renversement d’alliances est récurrent dans la politique américaine à l’égard des pays du grand Moyen Orient US. Bush père a soutenu Saddam Hussein dans sa guerre contre l’Iran entre 1980 et 1988 avant de déclencher la première guerre du golfe en 1990-91 après l’invasion du Koweit.

La décennie 80-90 est une période extrêmement agitée au MO : guerres civiles au Liban, invasions du Liban par Israël, et chasse au terrorisme Libyen avec toutes les manipulations dans cette guerre contre le terrorisme. C’est à cette époque également que la CIA soutient les groupes armés des « Contras » contre le gouvernement sandiniste du Nicaragua n’hésitant pas à se financer grâce à des trafics de cocaïne ou d’armes.

La Syrie qui s’était rapprochée des USA en 1990 redevient à nouveau une cible à abattre après l’attentat contre Hariri en 2005. Il est vrai, qu’entre temps, Bush fils a achevé le travail de son père : il a abattu Saddam Hussein et achevé la destruction de l’Irak. Il restait alors trois états « voyous » dans le Secteur : l’ Iran, la Libye, la Syrie.

Force est de constater qu’en 2015, il n’en reste plus qu’un, l’Iran. En effet, le contexte des révolutions arabes a permis de rayer la Libye de la liste des états et la Syrie est bien mal en point, assaillie de toutes parts par des rebelles djihadistes barbares soutenus et armés en fait par les émirs du Qatar, d’Arabie saoudite et les américains. Le grand Moyen Orient est devenu dès les années 60 une zone de conflits d'intérêts géopolitiques majeurs : accès et contrôle des ressources pétrolières, rivalités chiisme-sunnisme et enjeux de pouvoirs entre les monarchies du golfe, les vestiges du panarabisme laïc et les alliés Iran-Hezbollah-Syrie. Les USA ont su jouer de ces rivalités pour entretenir dans la région des conflits permanents empêchant l'émergence d'un État trop puissant pouvant contester l'hégémonie du bloc USA-Israël.

L’objectif central des Américains reste toujours le même : assurer le contrôle des ressources en pétrole, garantir la pérennité de l’État d’Israël.

Comme on peut le voir en détail dans l’étude suivante sur le blog" environnement.geopolitique", cette déstabilisation d’états souverains grâce à la manipulation de groupes extrémistes pour en arriver in fine à des bombardements massifs par l’aviation ou les drones sophistiqués de l’Occident nourrit en retour la haine de l’Occident et constitue le terreau fertile de nouveaux terrorismes. http://environnement.geopolitique.over-blog.fr/2014/10/daech-les-racines-du-mal-la-guerre-totale-de-l-empire-monde.html

La Grande Crise de 2007-2008, les menaces d’écroulement du dollar et la montée des BRICS

ont poussé les USA à une grande offensive mondiale sur tous les champs de tension géopolitique alors que la Crise a durci dans le même temps les difficultés économiques et sociales, la misère chez les plus faibles.

Les risques liés au terrorisme ou à d’importants troubles sociaux atteignent alors des niveaux d’alerte dans la plupart des pays du Monde.

Il importe donc pour les USA de durcir et généraliser le schéma de guerre contre le terrorisme mais aussi contre d’éventuels mouvements sociaux ou révolutionnaires dans nombre de pays.

C’est précisément le piège que la France doit éviter si elle ne veut pas y perdre le peu d’identité qu’il lui reste.

En ce sens les deux exemples de la ZAD de Sivens et de « l’Ultra gauche » de Tarnac sont riches en enseignements divers.

Ils illustrent tous deux les dérives possibles ou potentielles que pourraient connaitre les mouvements écologistes ou altermondialistes même si dans ces deux cas il n’y a pas eu de menaces délibérées ou d’atteintes graves à l’ordre social.

Dans ces deux cas, les traitements policiers ou judiciaires appliqués ont débouché sur de tragiques et inutiles gâchis : incarcérations, vies bouleversées et mort de Rémi Fraisse .

Inutiles car à Sivens, un peu moins d’acharnement politique et policier et un peu plus de dialogues auraient pu conduire- et plus rapidement-à la solution vers laquelle on s’achemine. Car la nécessité et la capacité du Débat sont deux éléments de l’identité française.

De même, à Tarnac, il y avait une volonté de vivre au pays, de créer un lieu de vie, une animation culturelle, du lien social, volonté qui s’inscrit bien dans l’esprit de notre identité culturelle. Nos services ont voulu y voir une réminiscence des cellules d’Action Directe. Le plus intéressant de l’histoire est qu’ils ont été trompés par les propos d’un agent britannique infiltré, Mark Kennedy (comme on peut le lire dans les liens suivants).

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/14/le-secret-le-mieux-garde-de-l-affaire-de-tarnac_1790316_3232.html

http://www.theguardian.com/uk/2013/jun/18/undercover-policing-faces-tighter-regulation

L’affaire de l’agent infiltré a fait scandale en Angleterre, un peu moins en France ; elle montre cependant à quel point les réseaux suspects (pour un pouvoir) peuvent être infiltrés voire manipulés, dans la réalité et non pas uniquement dans les théories du complot !

Du Terrorisme et des États

On connait l’existence des réseaux « Gladio » établis en Europe après la deuxième guerre mondiale sous l’égide de la CIA et du MI6, afin de lutter contre l’influence des partis communistes. Ils ont été particulièrement actifs en Italie pendant les années de plomb 1970-80 ainsi que l’a reconnu le Premier ministre italien Giulio Andreotti. Ils ont infiltré certains groupes des Brigades Rouges ou de réseaux fascistes afin de créer une stratégie de tension (enlèvement d’Aldo Moro en 1978 ?) et empêcher ainsi l’arrivée au pouvoir du PCI.

Un acteur italien de la mouvance activiste gauchiste de l’époque, Gianfranco Sanguinetti, membre de l’IS (Internationale Situationniste) italienne relate ainsi son expérience dans son livre « Du terrorisme et de l’État »:

« Dans le cas d’un petit groupe terroriste constitué spontanément, il n’est rien de plus facile au monde pour les corps détachés de l’État que de s’y infiltrer et, grâce aux moyens dont ils disposent et à l’extrême liberté de manœuvre dont ils jouissent, de se rapprocher du sommet original, et de s’y substituer, soit par des arrestations déterminées réalisées au moment opportun, soit par l’assassinat des chefs originels, qui se produit en général lors d’un conflit armé avec les “forces de l’ordre” prévenues d’une telle opération par leurs éléments infiltrés. À partir de ce moment-là, les services parallèles de l’État peuvent disposer à leur guise d’un organisme parfaitement efficace, formé de militants naïfs ou fanatiques, qui ne demandent qu’à être dirigés.»

Il serait bien naïf de penser que les Services secrets et les forces spéciales de la plupart des pays de la Coalition anti Daesh ne sont pas présents et actifs dans ces pays du MO devenus la Mecque du djihadisme international : Libye, Irak, Syrie, Yémen, Afghanistan… Ils sont d’ailleurs payés et entrainés pour cela !

D'ailleurs l'exemple vient du plus haut niveau, McCain aux USA, tant en Syrie, chez les rebelles où certains ont cru reconnaitre en arrière plan le futur Calife de Daesh, tant en Ukraine aux côtés du chef de Svoboda lors du Coup d'Etat.

McCain en Syrie; McCain en Ukraine avec Tyahnybuk de Svoboda!McCain en Syrie; McCain en Ukraine avec Tyahnybuk de Svoboda!

McCain en Syrie; McCain en Ukraine avec Tyahnybuk de Svoboda!

Cela ne doit pas non plus nous conduire tout droit vers la Théorie du Complot bête et méchante.

La réalité est toujours plus opaque et complexe et les fils du marionnettiste ne sont ni des réseaux électroniques, ni des systèmes bielles-manivelles bien huilées, tout au plus des aiguillons, des transfusions, des fils d’Ariane souvent rompus… Pas plus que les marionnettes ne comportent elles mêmes leurs parts d’ombre, de mystères, d’imprévus, de duplicité et de manipulations réciproques. Ce jeu là est dangereux, incertain, mais tous les Services le pratiquent.

L’enquête du journaliste Fabrizio Calvi dans son livre paru en 2011,

« 11 septembre, la contre-enquête » est très instructive sur les méandres et bourbiers du Renseignement ; l’auteur a mené une longue enquête de trois ans suite aux propos de Richard Clarke, ancien responsable du terrorisme à la CIA, s’étonnant que l’Agence n’ait pas informé plus tôt le FBI de la venue de deux dangereux terroristes d’Al Quaïda sur le sol américain.

Suite à des écoutes effectuées au Yemen en 1998, Alec Station, l’organisme de la CIA chargé de traquer Ben Laden, a pu suivre la trace jusqu’aux USA des deux saoudiens Khalid Al-Mihdhar et Nawaf Al-Hazmi chargés d’organiser un attentat majeur et cela, plus d’un an avant le 911.

Il n’en a informé le FBI qu’un mois avant l’attentat, et encore, au titre de procédure de simple routine !

L’auteur n’a pas de théorie du complot à proposer, simplement l’interrogation bien réelle de Richard Clarke. S’agit-il d’un épisode de guerres entre services, d’un manque de coordination ? Dans un entretien au Figaro, Fabrizio Calvi évoque cependant la possibilité que les services américains aient pu rechercher un flagrant délit avec la complicité d’agents infiltrés (ce que leur permet la procédure ) mais qu’ils auraient été trompés par un agent triple.

Quels sont les parcours des trois terroristes de Janvier à Paris ?

Ce sont sans doute les mêmes services américains qui avaient repéré au Yémen en 2011 les stages terroristes de Saïd Kouachi ainsi que d’autres français en dérives islamistes ; il semblerait qu’ils n’en ait pas informé les Services français.

Car après Merah et la filière Afghane, Nemmouche et la filière syrienne nous voila au cœur de la filière yéménite avec les fréres Kouachi. Karim kouachi a même revendiqué sur la chaine BFM TV son appartenance et son financement par le réseau Yéménite d’ Anwar al-Awlaqi. Le chef du réseau a été tué au Yemen par un drone américain en 2011.

Le troisième terroriste des attentats de Paris, Amedy Coulibaly délinquant ordinaire, se réclame lui plutôt de l’Etat Islamiste mais ils sont issus tous trois d’une même radicalisation sous l’emprise de Djamel Beghal rencontré en prison. La compagne de Coulibaly, Hayat Boumeddiene a précisé aux policiers venus la questionner en 2010 lors de l’arrestation de son compagnon : "Quand je vois les massacres d'innocents qu'il y a en Palestine, en Irak, en Tchétchénie, en Afghanistan où les Américains envoient leurs bombardiers, tout ça, c'est pas des terroristes, eux ?"

Ce questionnement de Hayat Boumedienne, vraisemblablement impliquée dans les tueries et actuellement en fuite en Syrie, nous montre que le point de départ de la radicalisation a été la deuxième guerre du golfe et l’invasion de l’Irak par la coalition américaine. Ce sentiment de traitement asymétrique Occident-Monde Arabo-musulman ainsi que les frustrations d’une insertion chaotique vécue, ressentie comme discriminatoire peuvent expliquer en partie une tentation du passage à l’acte. Les mauvaises rencontres, la prison, la manipulation religieuse peuvent alors conduire à ces actes insensés.

On observera cependant que lors de leur radicalisation, leur désir de défendre leurs « fréres » irakiens ou palestiniens contre des agressions du camp de Bush n’était pas en rupture avec l’opinion majoritaire en France. Chirac avait alors refusé de s’associer à cette coalition.

De même, jusqu’en 2013 et la condamnation de Daesh, l’opinion médiatique quasi générale soutenait systématiquement les rebelles syriens contre le « dictateur Bachar, bourreau de son peuple ». Chez certains jeunes en désarroi et en quête d’identité, travaillés par la propagande djihadiste, ce consensus médiatique a pu favoriser un passage à l’acte pour partir en Syrie.

Le consensus médiatique ambiant (ou la Propagande) lorsqu’il construit une Vérité redondante et répétée sur un grand fait d’actualité constitue une véritable arme de guerre en particulier chez les individus les plus marginalisés. Ainsi, le soutien inconditionnel de presque tous les médias aux « révolutionnaires » de Maïdan, porteurs d’une violence rarement utilisée en France, a-t-il incité les zadistes de NDLL ou de Sivens à se radicaliser davantage ; Rémi Fraisse a été peut être une victime indirecte de cette propagande.

Nos médias sont ils prêts à prendre conscience de leurs responsabilités déontologiques

et à s’ouvrir réellement à une information équilibrée ouverte au débat et non partisane? Je ne pense pas car le poids de la pensée unique est tel que le journaliste qui se hasarde à mettre un pied en dehors des clous va passer tout de suite pour un extrémiste notoire.

Ainsi, France 2 a diffusé Mardi 13 janvier un reportage choc « Syrie, enfants en guerre » qui à certains moments peut apparaitre comme une apologie du martyr et du djihad ; où se trouve la responsabilité éditoriale de la chaine de diffuser ce reportage juste quelques jours après les attentats de Charlie. Combien de jeunes "boarder lines" vont-ils vouloir partir en Syrie après avoir vu ce documentaire ?

Quel paradoxe de voir Val défendre la liberté de la presse alors qu’il a viré Pommier, Siné, Porte, Guillon, Dahan… et qu’il traite Snowden d’ennemi de la démocratie ! Il y a fort longtemps que je ne lisais plus Charlie Hebdo car j’avais passé l’âge de la provocation potache et je n’avais pas apprécié la provocation des caricatures danoises qui s’inscrivaient –pour le Danemark- sur un fond de critiques à caractère raciste que Charlie Hebdo n’aurait pas acceptées de la part du FN. Ce genre de provocation à double tranchant (ah, ah, ah !) fait en réalité le jeu des extrémistes des deux bords.

Mais il est vrai que l’on ne tue pas en général pour un mot d’humour même de travers, sauf dans les faits divers, bien sur, et plus souvent qu’on ne pense. Et si la plume peut faire mal -« Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée : à présent je connais mon impuissance. » disait Sartre-elle n’est pas à arme égale avec les Kalachnikov.

Alors, comment gérer l’Après Charlie ?

La grosse difficulté c’est qu’il y a eu un avant Charlie et que les fractures n’ont cessé de s’aggraver.

L’article d’Agoravox : le-president-hollande-est-un-homme-dangereux évoque les deux failles majeures de la présidence actuelle dans le prolongement exact de celle de Sarkozy : sur le plan intérieur, il s’est aligné sur la politique d’austérité de l’UE "en trahissant le principe fondamental légitimant le caractère démocratique des élections, c'est-à-dire le choix politique fait par une majorité d’électeurs, il a rompu le Pacte Républicain" et aggravé la crise sociale ; au plan de la politique extérieure, les "Young Leaders Hollande, Macron, Belkacem, Touraine, à la remorque des pieds nickelés Fabius-BHL-Attali, ne servent pas les intérêts de la France mais ceux du bloc USA-Israël."

Il faudrait donc modifier fondamentalement les orientations choisies :
  • Sur le plan des politiques sociales il faudrait prendre le large par rapport à la politique européenne et avoir une politique de création monétaire en redonnant de l’indépendance à la Banque de France voire en sortant de la zone euro.
  • On ne pourra rien faire sans une profonde réforme fiscale et un contrôle des capitaux.
  • Le nécessaire plan Banlieue ne peut être qu’un élément d’une politique d’emploi active et d’un fort développement de l’économie sociale et solidaire.
  • On doit lancer impérativement un vaste débat national sur l’école et le collège impliquant tous les acteurs concernés.
  • Le débat sur les politiques d’intégration doit éviter le piège de l’approche essentiellement confessionnelle du problème. Il importera de définir précisément les contenus et sens des mots: république, républicain, citoyen, laïc, intégration, qu’on emploie comme références permanentes mais qui sont en général vidé de leur sens propre.

Sur le plan de la politique extérieure il faudrait que la France recouvre une politique indépendante, qui se différencie des ambitions impérialistes des USA et qui privilégie la coopération, la diplomatie à d’aventureuses projections militaires.

En particulier, la France devrait impérativement revoir ses choix géopolitiques au Moyen Orient et revenir sur les liens privilégiés qu’elle a pu établir avec les régimes peu recommandables du Qatar et d’Arabie Saoudite qui ont longtemps soutenu les fondamentalistes extrémistes musulmans.

Le suivi par nos services de suspects déjà impliqués dans des affaires précédentes devraient être plus pertinents; Tous les acteurs terroristes récents étaient suivis et sont pourtant passés dans les mailles du filet. Leur entourage n'a pas été non plus assez cadrés, analysés par les services de l'antiterrorisme.

Hollande à Davos, Hollande à la merHollande à Davos, Hollande à la mer

Hollande à Davos, Hollande à la mer

Malheureusement les discours de François Hollande sur le ‘Charles de Gaulle’ en partance pour le Golfe, au forum de Davos devant les oligarques du monde ultralibéral et sa visite de condoléance en Arabie Saoudite après le décès du monarque ne laissent pas présager d’évolutions favorables.

Les discours de circonstances ont saturé l'espace public de généralités toujours trop vagues et, à force de ne pas vouloir faire d'amalgame entre djihadiste et musulmans, on obtient un peu l'effet contraire.

Par ailleurs la kippa de F.Hollande et "l'apartheid' de M.Valls n'ont pas donné une trop bonne image de la laïcité à la Française, fut elle républicaine et citoyenne!

Tag(s) : #economie politique