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L'Enfer d'après Jérome Bosch
L'Enfer d'après Jérome Bosch

Nul Terrorisme ne relève de la Raison, de l’Amour, du Bonheur… Le Terrorisme est l’enfant de la Colère, de la Haine, du Malheur…

Comme Sartre le disait « L’Enfer, c’est les autres », de même, le Terroriste, le Barbare, c’est toujours l’Autre ; y compris avec le sens que le Philosophe a voulu préciser pour sa citation dans le CD « Huis clos »:

« Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d'autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d'autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu'ils dépendent trop du jugement d'autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu'on ne puisse avoir d'autres rapports avec les autres, ça marque simplement l'importance capitale de tous les autres pour chacun de nous…

De sorte que, en vérité, comme nous sommes vivants, j'ai voulu montrer, par l'absurde, l'importance, chez nous, de la liberté, c'est-à-dire l'importance de changer les actes par d'autres actes. Quel que soit le cercle d'enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c'est encore librement qu'ils y restent. De sorte qu'ils se mettent librement en enfer. »

Dans le cas du Terrorisme,

chaque camp voit en effet le Diable ou le Mal dans l’autre camp et ces jugements croisés figent chacun dans ses propres animosités, le rejet de l’un alimentant celui de l’autre et réciproquement.

Il y a également dans le concept de Terrorisme un partage du Monde entre le Bien et le Mal qui confine au Religieux.

Et ce n’est pas pour rien que le Terrorisme apparait souvent dans la frange de conflits religieux ou identitaires.

Une commission de « Hautes personnalités » réunies à l’initiative de l’ONU a réfléchi à une définition contemporaine du terrorisme qui pourrait être décrit comme « toute action […] qui a pour intention de causer la mort ou de graves blessures corporelles à des civils ou à des non-combattants, lorsque le but d'un tel acte est, de par sa nature ou son contexte, d'intimider une population, ou de forcer un gouvernement ou une organisation internationale à prendre une quelconque mesure ou à s'en abstenir ».

Ainsi, les bombardements de Gaza ou d’Ukraine, le long blocus économique de l’Irak entre les deux guerres du Golfe, les attentats du World Trade Center, les violences de l’EI contre des civils ou des prisonniers relèvent-ils d’actes de terrorisme. Les situations de guerre civile ou de résistance à un envahisseur extérieur ne rentrent pas nécessairement dans cette définition.

La Terreur de la Révolution Française, les Guerres des Chouans en Vendée peuvent être rangées dans la catégorie des Guerres Civiles avec des épisodes terroristes dans les deux camps. Le Massacre de la Saint Barthélémy relève du terrorisme.

Dans les situations complexes le terrorisme peut être lui même instrumentalisé pour stigmatiser un camp ou un groupe, tel le fameux incendie du Reichstag en 1933 ou les multiples voitures piégées lors des guerres civiles du Liban entre 1975 et 1990. Il peut aussi servir de prétexte à une intervention militaire d’une puissance tierce ; c’est la situation que nous connaissons actuellement dans le cadre de l’actuelle guerre contre le Terrorisme déclenchée dans le sillage d’Obama.

Pourquoi l’EI-ex EIIL-maintenant DAECH- a-t-il pu prendre tant d’importance sur la scène internationale

au point d’avoir fait les unes de l’Info depuis début septembre et occasionné plusieurs conférences internationales de chefs d’Etat en vue de la constitution d’une coalition mondiale pour le combattre ?

Un article de Wikipedia compilant différentes sources nous apprend que l’EI est né en 2006 en Irak sous le pavillon d’Al Qaïda avec déjà la prétention d’incarner l’Etat d’Irak, il se développe également en Syrie et la rupture avec Al Qaida est consommée en fin 2013. Le chef de l’EI est Abou Bakr al-Baghdadi , arrété par les Américains en 2005, détenu dans le camp Irakien de Bucca et relaché en 2009. La campagne en Syrie, soutenue par le camp occidental et ses médias, a permis à l’EIIL de profiter d’un fort recrutement étranger et de récupérer des armes prise à l’ASL.

D’après des estimations de la CIA le nombre de combattants de l’EI avoisinerait 30 000 dont 15 000 étrangers (12000 issus de pays musulmans et 3000 occidentaux dont 1000 français).

Le contexte des Révolutions Arabes a donné à l’EI un nouvel élan basé sur une double perception, à la fois réelle et trompeuse, perception en partie construite à travers le miroir des médias occidentaux et des réseaux sociaux :

Eric Dénécé, du CF2R (centre français de recherche sur le renseignement), auteur du livre « La Face cachée des révolutions arabes » dévoile dans cet interview le côté fabriqué de ces révolutions habilement manipulées mais détournant un authentique sentiment de révolte. « Washington encourage et appuie les armées d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient pour qu'elles évoluent vers un rôle « à la turque » : c'est-à-dire qu'elles n'occupent pas le pouvoir - sauf cas de force majeure - mais soient les garantes de la stabilité du pays contre l'islamisme, qu'elles contribuent à la stabilité régionale et qu'elles ne manifestent pas d'hostilité réelle à l'égard d'Israël. »

Les médias ont donc accueilli les révolutions arabes comme une aspiration démocratique des peuples Tunisiens puis Egyptiens et , dans ces deux pays, l’évolution initiale vers des compromis négociés entre laïcs et islamistes modérés a conforté l’idée d’un Printemps Arabe.

Cette double perception : aspiration démocratique et émergence d’un Islam modéré à la Turque compatible avec la Modernité a même porté un instant les mouvements Tunisiens et Egyptiens.

Les interventions extérieures pour déstabiliser la Syrie et la Libye, puis la chute de Kadhafi sous l’intervention conjointe USA-UK-France et des miliciens salafistes du Qatar et de l’Arabie saoudite (dont certains venant de l’EI d’Irak) ont pu bénéficier alors de la même aura médiatique de combat pour la liberté tout en recevant des armes et des soutiens financiers et logistiques de la Turquie, du Qatar, de l’Arabie Saoudite et des Services occidentaux . Les milices islamistes se sont alors installées en Libye devenue ainsi la base arrière et l’arsenal des mouvements islamistes d’Afrique du Nord.

Les combattants des groupes islamistes en Syrie ont pu alors continuer à profiter de ces soutiens occidentaux dans leur lutte pour renverser Bachar Al Assad

Le tournant a été le renversement de Morsi par le maréchal Sissi et l’épisode de l’attaque au gaz sarin en Syrie durant l’été 2013 et la non-intervention d’Obama ;

les Frères Musulmans devenaient plus radicaux en Egypte et les relations se tendaient avec Israël ce que les USA ne pouvaient accepter, d’autant plus que la Turquie d’Erdogan connaissait une évolution semblable. Morsi a donc été renversé in fine par l’armée pour le compte des USA ;

on peut lire dans wikipédia le déclenchement des émeutes à la manière des révolutions colorées US, comme d’ailleurs contre Erdogan :
"Le 1er mai 2013, un groupe de jeunes activistes crée le mouvement Tamarod (Rébellion) et lance une pétition demandant la démission du président Morsi et de nouvelles élections présidentielles. Au 30 juin, le mouvement affirme avoir obtenu 22 millions de signatures avec adresses et les numéros de cartes d’identité. Le mouvement semble avoir été spontané au départ du moins. L’homme d’affaires multimilliardaire Naguib Sawiris (chrétien copte), qui avait quitté l’Égypte peu après l’élection de Morsi, a déclaré à Reuters qu’il a complètement soutenu le mouvement logistiquement grâce à sa station de télévision, son journal, Al-Masri Al-Youm et les trois partis libres égyptiens qu’il avait fondés" .

Erdogan a du faire face pour sa part à diverses attaques politiques indirectes (affaire de la protection du square, du jamais vu en Turquie très « écolo », scandales et écoutes !) menées en sous main pour le compte d’Obama.

Les relations se gâtent également entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, dans la coalition des Amis de la Syrie mais aussi sur le terrain où les différents groupes djihadistes s’affrontent violemment. Les médias ne peuvent plus alors ignorer l’importance du phénomène djihadiste.

Après la dérobade des Américains pour bombarder la Syrie, les rebelles modérés syriens reçoivent de nombreux armements lourds, dont des armes antichars sophistiquées qui finissent par rejoindre les rangs de l’EI.

L’alarme est lancée par Obama lorsque les troupes de l’EI enfoncent les défenses Irakiennes et prennent plusieurs villes dont Mossoul.

Ce qui reste de l’Etat Irakien est alors sérieusement ébranlé et Washington peut imposer un nouveau premier ministre plus conciliant Al Abadi.

Après quelques séquences sur les exactions contre les chrétiens d’Irak et les Yazidis puis les décapitations des deux journalistes, les USA lancent la Grande Coalition contre Daech à la suite de la Grande Réunion de l’OTAN au Pays de Galles.

Les Objectifs militaires US ne sont pas très clairs ; derrière l’extermination de l’EI par des troupes au sol Arabes, Turques, Kurdes appuyées par les aviations occidentales se cache la volonté de contrôler la région et d’abattre Bachar Al Assad. Dans le même temps le Valet américain Le Drian a fait part de la volonté française de ré-intervenir en Libye et par ailleurs Obama envoie 3000 soldats au Libéria contre Ebola. Il y a donc grand branle bas de combat. L’Algérie s’en inquiète d’ailleurs et l’a fait savoir

Sauf que sur le terrain ce n’est pas si simple car à part les Irakiens et les Kurdes personne n’a vraiment envie d’y aller. Les Américains multiplient les pressions sur les Turcs pour qu’ils participent aux opérations terrestres ; le plus surprenant dans cette histoire est que des groupes djihadistes modérés viennent de signer un cessez le feu avec l’EI !

On voit donc que sur le terrain les objectifs des différents protagonistes ne sont pas identiques ; leur seul point commun est de tous vouloir la chute de Bachar Al Assad mais le but affiché de la coalition est de lutter contre Daech.

Les positions de la Turquie et du Qatar, à cet égard, sont les plus divergentes de l’objectif officiel US car les deux régimes ont largement œuvré à la montée en puissance de l’EI ; la Turquie a servi de base arrière et de receleur pour le pétrole conquis par les djihadistes et continue à le faire, en moindre quantité, avec l’indulgence complice des Américains.

L’objectif réel est donc certainement plus de contenir Daech en Irak, de l’affaiblir en Syrie tout en l’utilisant contre Bachar Al Assad. Il s’agit aussi de lutter contre le Hezbollah et d’affaiblir les positions de la Russie et de l’Iran dans la région.

Ces objectifs ont encore été récemment confirmés par la publication d’un document, intitulé « Ensuring a Strong Defense for the Future » (« Assurer une défense forte pour le futur ») rédigé par le National Defense Panel, un groupe d’anciens hauts responsables civils et militaires, missionnés par le Congrès pour fournir un regard critique sur le calendrier prévisionnel officiel du Pentagone, le plan quadriennal de défense 2014. Voici quelques extraits du rapport traduit par mes soins détaillant les menaces principales relevées dans ce rapport :

« Les USA et ses Alliés et Partenaires sont confrontés à des Etats agressifs menaçant la stabilité et la sécurité dans leur région ; La Chine, la Russie, la Corée du Nord et l’Iran, chacun à titre différent, menacent la stabilité régionale ce qui oblige le Département d’Etat à prévoir des scénarios pour de potentielles situations d’urgence…

1. Menace du programme nucléaire Iranien pour la sécurité régionale

2. Menace de groupes terroristes utilisant certaines zones sanctuaires du Moyen Orient (zone frontalière Syrie Irak) ou du Nord de l’Afrique pour entrainer des combattants étrangers et fomenter des attaques contre les US et ses alliés et partenaires.

3. Menaces d’attaques sur Israël pouvant déboucher sur une guerre générale dans la Région.

4. Menace que constituent l’usage persistant par l’Iran du terrorisme et d’une politique agressive dans la région ainsi que la portée croissante de ses missiles

5. La maitrise par l’Iran de technologies militaires avancées menace le libre passage du Détroit d’Hormuz

6. Menace que l’Irak sombre dans une guerre civile prolongée ou n’éclate en trois entités communautaires.

7. L’annexion récente de la Crimée par la Russie et ses constantes tentatives de déstabilisation de l’Ukraine montrent que Moscou est prête à utiliser la force et la coercition pour servir ses intérêts en n’hésitant pas à violer des règles fondamentales du Droit international….

Des acteurs de premier plan, tels la Chine, la Russie, la Corée du Nord et l’Iran ont tous développé des munitions de précision et des dispositifs électroniques d’assistance au combat (en matière de communication, guidage, surveillance, brouillage)qui rendent plus difficile pour les Forces américaines d’entrer et d’agir dans des zones qui étaient auparavant relativement sures. Cette menace est particulièrement aigue en Asie de l’Est, avec le système chinois A2AD et ses missiles de croisière de longue portée dont la précision ne cesse de s’améliorer… »

Le rapport préconise en conséquence :

« Nous croyons [...] qu’une capacité à faire la guerre partout est la condition sine qua non pour être une superpuissance et s’avère donc essentielle à la crédibilité de la stratégie globale de l’Amérique en matière de sécurité nationale. Dans le contexte actuel de menaces, les États-Unis pourraient, selon toute vraisemblance, être amenés à mener des actions préventives ou à combattre dans plusieurs régions sur des périodes qui se superposent : dans la péninsule coréenne, dans les mers de Chine orientale et méridionale, au Moyen-Orient, en Asie du Sud, et pourquoi pas en Europe. Les États-Unis sont également confrontés à la possibilité d’avoir à faire face à des adversaires dotés de l’arme nucléaire. »

Entre la Volonté de puissance et la Peur obsessionnelle des USA d’un côté et le Fanatisme dogmatique et violent de Daech de l’autre, le Monde entre dans une période de tempêtes.

Les Autres

Les Autres

« L’Enfer, c’est les Autres » disait Sartre.

Pour l’Occident, l’Autre c’est toujours un peu le Barbare envahisseur sauvage des temps Anciens mais que l’on a appris à dominer dans les Terres Ultramarines et partout dans le Monde, c’est aussi la Peur et le Remord coupable diffus que l’on exorcise sur l’autel des ONG, c’est aussi la nostalgie des terres vierges, du Bon Sauvage que l’on invoque dans l’Ecologie Primale …

Pour les fanatiques de Daech qu’est ce que cet « Autre » occidental ? Il y a, bien sur, toute cette « Haine de l’Occident » que Jean Ziegler a si bien décrite dans son livre où il montre bien comment la Peur de l’un nourrit celle de l’autre. Il s’y mêle aussi fascination et frustration devant les mirages médiatiques des publicitaires que l’on va exorciser dans le fantasme messianique d’un retour aux conquêtes sur les Terres du Prophète.

Mais pour en arriver à ce paroxysme actuel il a fallu que l’histoire contemporaine caricature et diabolise à outrance ces images de l’Autre : Après la décolonisation, le marxisme et ses variantes ont porté un temps les espoirs d’un monde marchant vers l’émancipation ; Mais cette espérance s’est peu à peu délitée dans les arcanes du stalinisme et de la Guerre Froide. La chute de l’URSS en a sonné l’hallali.

La mondialisation libérale occidentale a progressivement envahi le Globe ; dans les pays de tradition musulmane, l’Islam est alors apparu comme une alternative et une voie vers une société plus égalitaire. Les confrontations Occident-Monde de l’Islam à propos d’Israël et de l’Iran ont été les catalyseurs des Haines réciproques ; malheureusement les problèmes ne sont toujours pas réglés et ne font qu’empirer.

Il est non moins vrai que s’il n’y avait pas eu les énormes enjeux pétroliers du Moyen Orient on aurait pu trouver des solutions de paix durable et équitable depuis très longtemps. Les régimes autoritaires de Syrie, d’Irak et de Libye auraient pu avec le temps et les qualités de leur système éducatif évoluer vers des régimes largement aussi présentables que certaines de nos démocraties.

L’Iran donne l’exemple d’un pays islamique qui sur de nombreux points a rattrapé la modernité et qui-si on lui en laisse le temps-évoluerait vers plus de libertés.

Mais il faudrait pour cela que les USA arrêtent de jouer les gendarmes du Monde et que les Occidentaux acceptent de partager davantage les ressources communes du Monde.

OnuBAMA
OnuBAMA
Accélération de la Guerre de l’Empire Monde

Les toutes dernières évolutions des différentes crises en cours, aujourd’hui 3 octobre 2014, montrent que les occidentaux ne prennent pas ce chemin là. La réunion au sommet du Conseil de Sécurité de l’ONU a institutionnalisé la Guerre Mondiale contre le terrorisme sous l’égide du Grand Chef Obama et de son Lieutenant Hollande et a validé les frappes occidentales en Irak et en Syrie.

La Turquie d’Erdogan rentre finalement dans le conflit en Syrie et propose une zone tampon à la frontière syro-turque avec exclusion aérienne ce qui nous renvoie de plus en plus au scénario Libyen.

La nouvelle décapitation d’un otage, le guide français Hervé Gourdel, en Kabylie entraine la France de Hollande vers une intensification de la Guerre contre le terrorisme et le Ministre de la Guerre Le Drian, après avoir déjà envisagé de revenir en Libye veut maintenant frapper aussi en Syrie.

Tous semblent atteints du complexe de Munich selon lequel rien ne vaut une bonne guerre pour éviter la guerre ! La diplomatie de la canonnière est de retour au nom de la démocratie et des droits de l’homme, avec son cortège de faux semblants, de provocation-répression et de manipulations de groupes occultes qui nous échappent parfois puis que l’on combat ensuite.

Dans un entretien avec Afrik.com, Alain Chouet, ancien directeur de la DGSE française analyse le cas de la secte Boko-Haram au Nigéria ; il explique comment ce mouvement s’est inscrit au départ dans le terreau islamiste, la corruption, la misère et le déséquilibre entre le Nord islamiste et le Sud du Nigéria, chrétien et animiste, doté de la rente du pétrole. Il montre comment l’évolution vers le fondamentalisme a permis de recevoir des financements des émirs du Golfe et comment la terreur brutale leur a permis de déstabiliser une partie du Pays. Alain Chouet précise que les Américains ont laissé faire jusqu’au moment où la gravité de la situation leur a permis de justifier une intervention au nom du « bring back our girls ! » soutenue par Miss Obama himself.

La chasse aux Terroristes barbares décapiteurs bat donc son plein même si la Coalition Internationale réelle se résume pour l’instant aux USA et à la France, bientôt aux Anglais car les Arabes ne figurent que symboliquement sur les feuilles de vol. Sans doute qu’Obama ne se fie-t-il qu’à lui-même pour bombarder en Syrie en évitant des attaques trop directes sur Bachar Al Assad qui pourraient lui être reprochées. C’est toujours la stratégie du Smart Power : on avance toujours masqué ou couvert par le combat pour les Valeurs contre l’Innommable.

Les frappes contre Daech lui permettent de continuer à détruire les structures économiques du pays, une raffinerie par ici, un puits de pétrole ou une cimenterie par là ; sans que personne n’y trouve à redire avec même l’accord des Syriens et des Russes. C’est toujours ça de pris !

Les Américains lèvent même un peu la pression sur l’Iran dans la négociation sur le nucléaire en espérant quelques soutiens de sa part en Syrie ; cela permettra aussi de trouver des soutiens chiites au Liban où la situation devient très explosive. Il sera toujours temps de reprendre l’offensive contre les Iraniens quand Daech aura été suffisamment affaibli et qu’Israël aura récupéré de sa guerre contre Gaza.

La Guerre Mondiale des USA contre les Autres. Hégémonisme ou homogénisme

L’activisme militaire et géopolitique des Usa sur l’ensemble du globe en cette année 2014 atteint des proportions considérables. Le rapport « Ensuring a Strong Defense for the Future » évoqué plus haut ne cache d’ailleurs pas cette volonté interventionniste et les cibles désignées ; Le rapport public quadriennal de la CIA « Global Trends 2030 - Alternatives worlds » envisage également des évolutions semblables et décrit un monde dérégulé qui s’apparente de plus en plus en une jungle d’Etats à la recherche de l’intérêt économique maximal et d’alliances de circonstances.

On a déjà longuement étudié dans ce blog l’implication des USA dans la crise d’Ukraine et leur volonté de stopper la montée en puissance de la Chine et de la Russie et plus généralement des BRICS.

La tactique américaine s’apparente un peu à des scénarios de crises aigues successives, multiformes, mettant à profit toutes les occasions possibles, élections, minorités ethniques, troubles sociaux, rivalités religieuses . Le pouvoir médiatique d’influence de la Société américaine par la musique, le cinéma, les écrans en général, le contrôle technique de l’internet, est si grand que dans le monde entier les bourgeoisies urbaines et leurs affidés penchent majoritairement pour le système ultralibéral à l’américaine.

Le paradoxe tient alors au fait que plus un régime autoritaire ou central se libéralise et s’enrichit, plus il devient vulnérable aux tentatives de déstabilisations issues de ces bourgeoisies sur le modèle des révolutions de couleur .

En ce début octobre 2014 quels sont les points chauds du monde et l’état de la Guerre mondiale des USA ?

Conseil de Guerre à l'ONU!

Conseil de Guerre à l'ONU!

Grand Moyen Orient :
  • Phase militaire directe aigue en Irak-Syrie et indirecte en Israël (soutien militaire indéfectible)-Liban-Jordanie-Turquie-Pays du Golfe-Arabie Saoudite (pressions sur les soutiens à EI et pour entrer dans la coalition)
  • Phase militaire directe en Afghanistan-Pakistan
  • Pressions et soutiens de l’Armée en Egypte (coup d’état de Sissi) et en Tunisie
  • Phase militaire directe en Libye
  • Phase militaire directe en duo avec la France au Sahel (Mali-Centrafrique-Niger) et au Nigéria
  • Pressions sur l’Iran et embargo
  • Pressions sur le Soudan et embargo
  • Phase militaire directe sur le Yémen et la Somalie (drones)
  • Base militaire secrète au Burkina Faso coordonnant tous les Services extérieurs US pour l’AfriCom
  • Rôle des Eglises évangéliques pour l’influence américaine en Afrique, Amérique Latine et Asie.
Russie-Ukraine

Les USA ont incontestablement marqué des points en Ukraine car ils ont réussi à installer un gouvernement à leur service sans avoir à manœuvrer de façon trop visible et tout en se prévalant des valeurs de démocratie et liberté. C’est toujours la méthode d’influence des révolutions colorées auprès des étudiants et des bourgeoisies urbaines, révolutions qui se nourrissent du terreau des crises sociales et du rêve américain habilement distillé par la Presse « indépendante » et des officines telles la Open Society Institute de George Soros et la NED.

Les USA ont une maitrise impressionnante de la manipulation et du contrôle des mouvements sociaux et ont plusieurs années d’avance sur les Russes et les Chinois ; les Européens n’ont pas brillé par leur clairvoyance dans cette Crise mais peut être qu’une majorité de nos dirigeants est déjà acquise au projet américain !

Ils ont mis la Russie dans une position défensive délicate appelée à durer en allumant un incendie à sa frontière même : si la Russie intervient pour éteindre le foyer elle se trouvera ostracisée par tout l’Occident et soumise à des sanctions plus radicales telle l’exclusion du système bancaire mondial Swift (comme le demandait la majorité du Parlement Européen le 17 juillet !) ; si elle se contente de contenir l’incendie avec un simple soutien discret, elle fait le jeu des USA et risque à la longue une déstabilisation interne.

D’autant plus que les attaques US se poursuivent tous azimuts, y compris à l’intérieur, dans la frange urbaine libérale des grandes villes comme lors des présidentielles 2012 à Moscou. Le nouvel ambassadeur US à Moscou est d’ailleurs John Tefft qui n’était rien d’autre que l’ambassadeur US en poste à Kiev, celui qui discutait avec Victoria Nuland (« Fuck the UE ! ») du choix du futur premier Ministre ukrainien ; comme le hasard fait bien les choses on se souviendra qu’il était en poste en Géorgie en 2008 lors de l’invasion de l’Ossétie par l’armée de Saakachvili conseillée par les Américains.

C’est ainsi que des premières manifestations contre la guerre et pour l’Ukraine ont été organisées à Moscou le 21/09 alors que le fameux oligarque déchu, réfugié en Suisse, Mikhail Khodorkovski, invité au festival du journal Le Monde, se déclare prêt à prendre la fonction présidentielle en cas de circonstances exceptionnelles. Il ne manquera pas d’être soutenu par notre grande presse malgré son passé sulfureux.

Sur un autre front, la cour de la Haye relance l’affaire Youkos et demande 50 milliards à la Russie pour la spoliation des actionnaires- dont Khodorkovski- lors de la nationalisation de la compagnie pétrolière. La réponse du Kremlim est d’engager des procédures contre un autre oligarque pétrolier Vladimir Evtouchenkov patron de la Holding Sistema qui-sentant le vent d’ouest forcer-essayait de mettre ses intérêts sous « protection occidentale ».

Washington va s’efforcer maintenant d’allumer d’autres foyers de guerre civile et d’attentats dans les républiques à forte composante musulmane composant la ceinture occidentale de la Russie et dans la République Tchétchène en particulier.

En Ukraine, le nationalisme exacerbé du pouvoir de Kiev conduit à des dérapages de plus en plus graves sur les opposants à la politique de force militaire impulsée par l’OTAN contre les séparatistes du Donbass ; les milices d’extrême droite et les ravages de la guerre civile vont interdire de fait une réunification de l’Ukraine et on peut penser que le cessez le feu n’est qu’une pause concédée par le pouvoir de Kiev pour réorganiser son armée suivant les conseils de l’OTAN.

Les récentes déclarations du ministre de la défense ukrainien, le Colonel-Général Valery Geletey, lors d’un voyage en Pologne, illustrent bien à la fois l’incompétence et le manque de fiabilité de ce gouvernement ; en effet le ministre a déclaré qu’ils avaient été chassés de l’aéroport de Lougansk car les Russes avaient utilisé des obus à charge nucléaire ! Le propos a été rapidement démenti par le Ministre de l’intérieur qui en a dénoncé vivement tout le ridicule.

L'UE-tout entière-est associée étroitement aux intérêts US par le biais de l'OTAN et par l'architecture du système financier international essentiellement entre les mains de Wall Street. On a vu comment sur un claquement de doigt les Américains peuvent infliger des sanctions de plusieurs milliards à des banques ou entreprises comme BNP ou déclencher des spéculations contre la dette d'un état. Il leur suffit de décréter des sanctions contre la Russie pour mettre à mal l'économie européenne ou interdire à la Bulgarie de participer au projet de gazoduc southstream contournant l'Ukraine.

Les dirigeants européens sont actuellement des marionnettes entre les mains d'Obama qui joue habilement sur leurs divisions Nord-sud mais aussi Est-ouest et toutes les autres de ce patch-work de 28 états disparates.

Asie-Pacifique

Les USA ont redéployé massivement l’essentiel de leur flotte en Asie-Pacifique et resserré leurs alliances avec le Japon, l’Australie et la Corée du Sud. La cible est évidemment la Chine qu’il faut à tout prix affaiblir.

Ainsi, cette année, de fortes tensions sont apparues avec le Japon et les Philippines à propos des îles et des îlots en Mer de Chine méridionale et, en Mer de Chine orientale, les îles Diaoyu [2] (Senkaku en japonais) que la Chine revendique. Le Vietnam, début mai 2014, a fortement contesté l’installation par la Chine d’une énorme plate-forme pétrolière de la compagnie publique CNOOP, dans des eaux revendiquées par les deux pays.

L’Amérique dispose aussi de relais potentiels d’action dans les minorités indépendantistes au Tibet, et chez les Ouïgours musulmans du Xinjiang déjà à l’origine de plusieurs attentats.

La toute dernière attaque a commencé ces derniers jours à Hong Kong à la manière des révolutions colorées ; le marketing occidental lui a déjà donné le nom de révolution des parapluies et on retrouve la même organisation des étudiants et des franges bourgeoises occidentalisées. C’est un Maïdan allumée en périphérie de l’Empire du Milieu ; les vidéos de ce site montrent bien le marketing de ces révolutions colorées. L'un des porte-parole est un "étudiant" de 17 ans, Joshua Wong, activiste depuis plusieurs années, qui fait déjà circuler une pétition mondiale sur le net et par mail (quel listing?):

http://r.mail.wesign.it/mhb5dxftncz0jd.html.

On peut lire l'étude du canadien Ahmed Bensaada sur ce sujet

La Chine saura-t-elle réagir avec calme et détermination ?

Amérique latine

Le Venezuela est déjà dans le collimateur US depuis le coup d’Etat contre Chavez en 2002. Mais cette année 2014, il a fait l’objet d’une grave tentative de déstabilisation suivant le modèle des révolutions colorées et également de l’euromaïdan avec des manifestations étudiantes, l’usage de snipers et l’organisation spéculative de pénuries de certains produits de première nécessité.

L’intervention américaine lors du coup d’état de 2002 a été largement documentée en particulier par l’avocate et écrivain américain Eva Golinger, auteur du best seller : “The Chávez Code: Cracking US Intervention in Venezuela”. On peut trouver quelques unes de ses analyses dans ce décryptage de documents de wikileaks mettant en évidence le rôle de la Colombie et la volonté américaine d’empêcher l’adhésion du Venezuela au Mercosur en 2012.

Le député socialiste Vénézuélien Robert Serra et sa compagne ont été assassinés hier, 3 octobre 2014 ; Ernesto Samper, secrétaire de l’UNASUR, ancien président de Colombie y voit le signe de l’infiltration du paramilitarisme colombien au Venezuela. Le smart power d’Obama se sert de la Colombie comme fer de lance des USA dans l’Amérique latine.

Le Brésil de Dilma Rousseff, très active dans les BRICS, est une autre cible des USA. Tout comme la zone euro ou l’Inde, le Brésil a du faire face à des difficultés financières et monétaires liées à la fuite des capitaux étrangers après la crise des subprimes.

Les mouvements sociaux qui ont précédé la coupe du monde de football étaient assez atypiques dans le Brésil car issus de la classe moyenne émergente urbaine mais ils n’ont pas pu établir une communication suffisamment claire type « révolution colorée » et qu’il y avait le risque de déboucher sur des émeutes urbaines. Je pense que ce n’est que partie remise pour les futurs Jeux de Rio en 2016.

L’élection présidentielle d’octobre 2014 et l’accident d’avion de l’adversaire de Dilma Rousseff , Eduardo Campos, ont remis en selle la candidature de sa suppléante Marina Silva, proche des manifestants de 2013-2014 et présentée parfois comme l’Obama brésilienne. Le polémiste américain Wayne Madsen évoque la piste d’un accident version CIA pour promouvoir la candidature de Marina Silva, soutenue par G.Soros.

Cette évangéliste, proche des américains, est un pion de choix pour contrer les velléités d’autonomisation du Brésil au sein des BRICS. Finalement , Marina Silva a déjoué les pronostics et n'a pu se qualifier pour le deuxième tour.Le peuple brésilien ne lit pas encore assez les sondages!

L' Argentine de Mme Kirchner n'échappe pas à la vindicte américaine et elle est poursuivie par la justice américaine saisie par le fonds vautour NML du milliardaire républicain américain Paul Singer. Ce dernier qui a racheté à très bas prix de la dette argentine faillie des années 2000 réclame des milliards de dollars de dédommagement. L'Argentine a obtenu le soutien de l'ONU pour s'y opposer mais les USA le conteste bien évidemment!

Pour mémoire on rappellera la pression constante et l'embargo exercés par les USA sur Cuba.

Haïti, d'une tout autre manière, est une chasse gardée du bloc USA-Canada par le biais des ONG et de la MINUSTAH et d'une vigilance active des autorités politiques qui doivent rester dans les clous du programme libéral US (exit Aristide).

Ce petit tour du monde ne serait pas complet si on ne rappelait pas le budget militaire colossal des USA-environ 700 milliards de dollars, 40% du total des budgets militaires mondiaux,plus de 1000 bases dont près de 800 à l’étranger.

Dans le même temps les USA procèdent à une remise à niveau considérable de leurs armements nucléaires comme l’analyse le journaliste Manlio Dinucci d’IL Manifesto.

L’Opinion Publique mondiale doit réagir avant qu’il ne soit trop tard ; les mouvements pacifistes mondiaux doivent se réveiller et sortir de leurs divisions habilement distillées par les médias mainstream.

Tour du monde des bases US; Obama et les marionnettes
Tour du monde des bases US; Obama et les marionnettes

Tour du monde des bases US; Obama et les marionnettes

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