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Du bon usage de la voiture électrique.

En bon petit écolo-bobo besogneux j'ai essayé de diminuer progressivement ma consommation carbone mais sans aller jusqu'à l'ascèse yourte-marche à pied- végétalisme-auto-production.

Erreur de jeunesse,

dans le milieu des années 70, j'ai construit ma maison en béton banché, isolée avec cloison brique + laine de verre et chauffage électrique avec ventilation double flux et double vitrage. Deux points positifs cependant: l'isolation renforcée en toiture avec 20 cm de laine de verres et un double bardage bois, 23mm intérieur, 27mm extérieur sous les tuiles et un habitat en campagne à 3,5 km de mon travail. Le choix de l'électrique s'inscrivait alors dans mon esprit dans la lignée du Club de Rome et dans l'attente d'avancées positives dans le nucléaire en matière de sécurité et de gestion des déchets.

J'étais pourtant abonné à l'époque à l'un des premiers périodiques écolo, Le Sauvage ; J'adhérais complétement aux thèses de René Dumont:

  • le contrôle démographique ;
  • les économies d'énergie

  • la coopération internationale envers les pays en voie de développement ;
  • la protection et la remédiation des sols.

Le nucléaire ne m'apparaissait pas alors comme un problème prioritaire.

Les années 80-90 sont présentées un peu hâtivement maintenant comme des années de cocagne et d'insouciance ;

c'est oublier un peu vite toutes les peurs ou angoisses de la guerre froide, la crise des euromissiles de 1983-87 et ses fantasmes d'abris atomiques individuels, ainsi que la montée inexorable du chômage.

M. François Mitterrand, Président de la République, pouvait ainsi déclarer dans un entretien télévisé accordé à Antenne 2 lors de l'émission "L'heure de vérité", sur la politique de défense, la sécurité européenne et la politique étrangère de la France, Paris, le mercredi 16 novembre 1983:

"Notre défense passive n'est pas suffisante. Il faut engager, mais avec les moyens qu'on a, une action de construction d'abris, mais savoir aussi que nous sommes un pays qui possède une arme nucléaire capable de repousser les ambitions d'un adversaire."

Il y avait encore dans ma région pas mal d'anciens soixante-huitards revenus à la terre nourricière et fuyant la société de consommation ; ils occupaient encore ça et là quelques bâtisses branlantes et leur nombre, avec le temps, allait diminuant.

Mes préoccupations écologiques allaient un peu dans ce sens; protéger la nature, lutter contre la pollution, planter des arbres, consommer moins, chauffer peu...C'est vers cette époque que j'arrêtais la cueillette des champignons sauvages ainsi que la pêche à la ligne. Je n'achetais plus que des voitures d'occasion et les gardais tant qu'elles restaient assez fiables.

La Mer Vagabonde :

Au milieu des années 80, j'ai même repris un voilier de voyage alu, de retour des Antilles à son propriétaire-constructeur amateur. On a failli repartir, mais le courage nous a manqué-à moi et ma famille- de tout lâcher.Il aurait fallu revendre la maison pour payer les traites du bateau et la caisse du bord.

Rêve des Seychelles alu Plan Finot

Rêve des Seychelles alu Plan Finot

On peut alors dire que presque toutes nos vacances d'été des 20 années suivantes se sont passées à naviguer en méditerranée, parfois en Atlantique en ménageant notre eau, notre électricité, nos voiles et notre vieux moteur ; navigation bénie dans ces temps là où l'on pouvait accoster comme des princes dans le Real Yacht club de Barcelone et siroter une bière fraiche dans leurs vieux fauteuils de cuir fauve.

Triangle d'été :Baléares-Sardaigne -Corse...

Iles Pontines... Lipari...Lampedusa, sauvage d'alors sans les boat-peoples...

Gibraltar, porte de l'Atlantique et de l'Empire Britannique.

Sicile, Grèce, Tunisie.

Cadiz, Lisboa, Porto, Vigo, Belle-Ile...

Souvenir d'une arrivée à Minorque au soleil levant devant la passe de Fornells un matin de 14 juillet, quand les odeurs de terre et de mer se mêlent encore à la fraicheur humide de la nuit, senteurs iodées des algues, du sel, celles plus acres de garrigues, de fumées...La chaine d'ancre qui glisse dans l'écubier alors que la baie magnifique se dessine au soleil et dévoile ce village alors si préservé, comme dans un autre monde.

Virage Altermondialiste de Seattle:

Le protocole de Kyoto, signé en 1997, vient confirmer mes certitudes sur la crise de l'énergie à venir et sur les conclusions déjà anciennes du Club de Rome. Les premières études du GIEC confirment le danger d'un réchauffement climatique causé par les émissions de Gaz à effet de serre des combustibles fossiles.

Les manifestations de Seattle en 1999 lancent le mouvement altermondialiste dont je me sens assez proche. Dans cette mouvance là, je participe à des associations ou collectifs locaux.

Je m'intéresse plus précisément aux problèmes du changement climatique et à ses conséquences éventuelles sur l'évolution de l'écosystème. Ces préoccupations me conduisent à étudier l'histoire de notre planète, de la Vie et de son évolution.

A la recherche du carbone perdu :

Je décide alors dans le début des années 2000 de réduire fortement ma consommation carbone.

J'envisage un temps de construire une éolienne ; après étude du dossier, j'y renonce; trop compliqué et vent trop irrégulier!

Finalement le plus simple s'avère le plus efficace : un poêle céramique central à bois nous permet de chauffer toute la maison et de débrancher effectivement tous les convecteurs électriques avec une consommation moyenne de 8 stères de bois.

On change évidemment toutes les ampoules et on débranche les veilles des appareils ; on installe environ 5 m3 de récupération d'eau pluviale et on réduit notre consommation d'eau sanitaire. Nous avons même des phases de cuisine au bois, pain , yaourt maison à la belle saison.

Dans une période d'activisme aigu j'ai bricolé un calculateur carbone sur un fichier excel qu'il faudrait améliorer. On peut alors constater assez facilement qu'un objectif de 500 kec (kilo équivalent carbone) qui devrait être la consommation moyenne par habitant de la terre compatible avec une stabilisation du Co2 impliquerait des évolutions drastiques de nos consommations ; en effet, en France, 500 kec correspond déjà à la consommation carbone par tête pour l'ensemble des infrastructures et des services collectifs. Tous les éléments de consommation individuelle constituent donc déjà des dépassement de nos quotas de Co2!

Raison de plus pour diminuer au maximum nos consommations carbone individuelles !

C'est ainsi que je décidais d'installer sur le pan de toit sud un ensemble de panneaux photovoltaïques et deux panneaux thermiques pour un chauffe eau solaire; On produit donc en moyenne 3500kwh/an depuis 6 ans et le chauffe eau fonctionne à plus de 80% rien qu'au soleil.

Pour les jours de beau temps, nous avons acheté en kit une parabole solaire de 1,40 m aussi efficace qu'une plaque de cuisson standard, y compris en hiver, idéale pour les plats mijotés en cocote et les confitures. On peut voir deux exemples sur le blog. Cela nous permet de presque diviser par 2 notre consommation de gaz.

Pour les ballades de voisinage, par beau temps nous avons essayé les vélos électriques mais -pour nous- c'est plus pour le fun que pour l'impact carbone. Par contre si on l'utilise au quotidien pour le trajet domicile-travail, les courses et des randos de plusieurs jours en vacances l'intérêt est réel. Nous avons fait une rando de quatre jours mais mon pneu avant trop gonflé a éclaté en descente le deuxième jour me laissant en rade! L'autonomie dans une région très vallonnée comme la nôtre est de l'ordre de 40 km.

Le passage à la voiture électrique s'inscrivait dans cette dynamique.

Depuis quelques années on s'était dit que la prochaine voiture serait une hybride ou une électrique si l'autonomie progressait.

La sortie de la Zoé Renault nous a décidé à franchir le pas ; nous voulions une voiture qui nous permette d’effectuer la plupart de nos trajets habituels. Le critère que nous nous étions fixé était de pouvoir faire le trajet aller-retour pour aller voir notre fille, soit environ 130 km mais avec le double franchissement d'un col de 800 m, avec 550 m de dénivelée et des pentes à plus de 8%.

Nous avons donc sollicité un essai chez Renault pour tester cet itinéraire. Il faut reconnaitre que la Zoé est particulièrement silencieuse, confortable et agréable à conduire. Conscient que l'autonomie risquait d'être juste nous avons roulè à vitesse réduite, particulièrement dans l’ascension du col où l'autocar de la ligne régulière s'impatientait derrière et nous a finalement doublés sur un trois voies avec force appels de phare.

Au retour, au pied du col, l'autonomie restante nous a paru trop juste pour tenter l’ascension et nous nous sommes arrêtés 3/4 heure au garage Renault pour une recharge quasi complète.

L'essai était presque concluant d'autant plus que nous aurions pu emprunter un itinéraire plus court nous permettant de gagner 15 km sur le trajet AR ; par ailleurs Renault annonçait la sortie prochaine d'un "cable grand-mère" permettant une recharge sur une prise standard avec terre.

Nous négociâmes donc avec le concessionnaire Renault la reprise de la vieille Clio essence de mon épouse ; faute d'un terrain d'entente nous finissons par vendre directement la voiture sur le Bon Coin à un prix cinq fois plus élevé que celui proposé par le garage et en tenant compte des frais engagés pour la mise en conformité pour le contrôle technique.

Une fois la Clio vendue, j'espérais obtenir un avantage commercial pour l'installation de la borne de recharge. Je demandais également des précisions sur une offre éventuelle d'achat en location longue durée mais sur ces deux points il n'y eut aucune avancée.

On peut rappeler à ce propos qu'à peine trois mois plus tard, Renault a lancé une campagne télé sur une offre de location longue durée qui parait vraiment intéressante. On peut alors s'interroger sur la pertinence de la politique marketing de la firme.

J'arrêtais donc là mes négociations avec Renault et je poursuivais mes recherches sur un véhicule électrique de prix moyen avec une autonomie supérieure à celle de la Zoé. Sur le papier, il n'y avait que la Blue car de Bolloré, la voiture en partage d'Autolib'.

En avant pour la Blue Car :

Du bon usage de la voiture électrique.

J'avais bien lu déjà quelques articles sur la Blue car d'Autolib' mais la voiture a tardé à être commercialisée pour les particuliers. Je découvrais dans un forum l'existence d'un logiciel suisse Green Race qui permet de tester en ligne sur un parcours donné la consommation de la plupart des VE du marché.

La Blue Car remportait haut la main la compétition d'autonomie par rapport à la Zoé et la Nissan Leaf. Il ne restait plus qu'à l'essayer. Il faut pour cela consulter leur site (qui a été depuis mis à jour) et ce ne fut pas une mince affaire pour obtenir un RV pour un essai à Lyon, chez Bluely, centre le plus proche.

L'essai s'avéra concluant et aprés réflexion nous avons passé commande sur internet, entre Bluely-Lyon et le siège parisien de Blue Car. La voiture est livrée à domicile un mois et demi plus tard par camion après qu'un technicien soit venu installer la borne de recharge ; un commercial l'accompagne pour finaliser le dossier et faire la réception. La voiture est déjà immatriculée au nom de Blue Car avec une plaque estampillée 29 (pays de Bolloré).

Le tarif est celui indiqué sur le site: 12000 € plus la borne (995) et le câble grand mère (700 €) soit environ 4000 € de moins que la Zoé. La location de batterie est de 80€ mensuel.

Bilan :

Depuis la fin mars 2014, j'ai donc parcouru 2000 km en Blue Car (3500 km mis à jour le 5/08/14)

La Blue Car est incontestablement le VE de gamme moyenne qui a une autonomie réelle pratique voisine de 180-200 km avec une petite marge de sécurité et à condition de rouler tranquillement mais normalement à moins de 80 km/h. Son prix est très compétitif et son niveau d'équipement suffisant car le VE doit à mon avis rechercher sobriété et simplicité.

Le niveau de confort est correct et les sièges avant se révèlent à l'usage d'un bon maintien dorsal. Le Gps gagnerait à avoir une position plus haute et abritée des reflets gênants. La voiture est bien moins silencieuse que la Zoé.La visibilité latérale vers l'avant gauche est diminuée par le montant de portière et il faut en tenir compte dans la conduite. Le temps de charge complète avec la borne est de 10h (environ 10%de charge /h soit pour environ 20km) et de 13h avec le câble (soit environ 7 à 8 % de charge/h pour 14 km).

L'inconvénient majeur est l'auto-décharge de la batterie nécessitée par son maintien en température. Non branchée, à l'arrêt, la consommation est d' 1kwh toutes les deux heures et la décharge est complète en 60h; Une fois la batterie chargée on a intérêt à laisser la voiture branchée car la consommation est alors d'un Kwh toutes les trois heures.

C'est donc un surcoût écologique que l'on peut néanmoins intégrer dans la consommation du véhicule. Pour 15000 km/an la consommation ainsi calculée s'établit donc à 30Kwh au 100km moitié jour moitié nuit soit environ 4€ pour 100 km (l'auto-décharge double donc la consommation du véhicule) , il faut y ajouter le prix de la location de batterie soit 960 €/an ; pour 15000km cela rajoute 6,4€ au 100 soit 10,4 € au 100km soit la consommation d'une voiture moyenne standard.

Si on roule plus, l'intérêt économique est réel. L'intérêt écologique est la non pollution par l'échappement, l'émission moindre de GES compensée par une consommation plus grande d'électricité. L'intérêt d’être producteur d'électricité PV est alors de participer à la production énergétique de son propre déplacement et de pouvoir ainsi avoir une certaine cohérence.

Néanmoins, si l'offre actuelle de Renault m'avait été proposée en temps utile et si j'avais été réellement informé de l'autoconsommation de la Blue Car je pense que j'aurais alors choisi la Zoé.

Mais le Monde n'est toujours qu'une affaire de compromis...je n'ai pas dit compromissions!

C'est difficile de faire le choix absolu, on fait toujours des choix relatifs.

Additif début aout:

je me suis rendu à Lyon en Bluecar par la N86 soit 180 km et j'ai pu utiliser les bornes Bluely pour la recharge (abonnement client bluecar pour 15€/an) ; j'ai encore quelques problèmes avec le badge, mais ce sera parfait à mon prochain séjour ; il me restait 16% d'autonomie à l'arrivée.

Pour le retour j'ai pris la N7 avec un vent portant et je suis arrivé chez moi avec 24% d'autonomie après 171 km en roulant à vitesse normale sans trainer!

Tag(s) : #éco-transition