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Des sources de l’UE au Partenariat transatlantique…De Charybde en Scylla

La Crise de 2007-2008 a mis sur le devant de la scène le pouvoir exorbitant de la Finance et l’étendue de ses malversations ; elle a révélé toute la complexité de ses réseaux et techniques d’évasion fiscale. On a pu faire également le triste constat de l’impuissance des États face aux structures de la mondialisation libérale qu’ils ont eux-mêmes mis en place.

Comment expliquer que tous nos partis de gouvernement PS et UMP aient pu adhérer et participer à de telles évolutions et contribuer à la construction d'une telle architecture financière et économique? La question se pose avec encore plus d'acuité en France, le pays de Colbert, fortement administré, avec une tradition de grandes initiatives publiques en coopération étroite avec les grandes entreprises nationales publiques ou privées. Comment un tel dessaisissement du rôle de l’État a-t-il pu se mettre en place?

La première marque évidente de ce recul de souveraineté fut la loi du 3 janvier1973 dite loi Pompidou-Giscard ou loi Rothschild limitant le financement direct de l'Etat par la Banque de France. Pompidou est alors président de la République, Giscard ministre des Finances ; faisant suite à l'intransigeance du Général de Gaulle-particulièrement pour ce qui touche à la souveraineté monétaire-Pompidou qui a rejoint la Banque Rothschild entre 1954 et 1958 est plus ouvert aux arguments des libéraux et des banquiers.

L’ombre de Jean Monnet

La loi a été proposée par le gouverneur de la Banque de France, Olivier Wormser et il se dit que Giscard l'a cosignée sans enthousiasme. La personnalité d'Olivier Wormser laisse apparaitre d'autres sources d'influences : il a été auparavant chef de la direction économique et financière du Quai d’Orsay et très proche de Robert Marjolin alors vice président de la CEE en charge de l'économie et des finances entre 1958 et 1967.

Toute la carrière de Robert Marjolin s'est construite dans le sillage de Jean Monnet, le véritable père fondateur de l'architecture européenne actuelle, partisan résolu de la disparition des Etats souverains et de la création des Etats Unis d'Europe à l'image des USA.

Jean Monnet en a fait le chef de la mission d’achats française aux Etats-Unis pendant la guerre, l'embaucha en 1945, au Commissariat au Plan et le fit nommer secrétaire général de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), qui distribuait les aides du plan Marshall pour l’Europe. Robert Marjolin devient vice président de la commission européenne entre 1958 et 1967 remplacé ensuite par Raymond Barre, un de ses amis proches. Il siège au conseil d'administration de la Royal Dutch Shell et de la Chase Manhattan Bank de David Rockefeller.

Nous voici donc ramenés au cœur des réseaux de Jean Monnet dont le parcours peut apporter quelques éclairages sur la géopolitique du XX ème siècle. Quelle trajectoire étonnante que celle de ce fils de négociant en spiritueux de Cognac qui, fort de sa pratique d'affréteur maritime et de son expérience commerciale avec les Anglais et les Américains, devient lors de la guerre de 14-18 responsable de la coordination des ressources alliées sous le statut de haut-fonctionnaire interallié!

Il tisse alors des liens précieux avec des personnages influents tels Clémenceau, Churchill, John Foster Dulles ou Georges Rublee ami de Roosevelt (qui s'occupait alors de la Marine américaine). Il devient ainsi secrétaire général adjoint de la SDN de 1919 à 1923.

Il doit alors redynamiser l'entreprise familiale et profite de la prohibition aux USA et de la filière canadienne de l’entreprise pour assurer sa prospérité; il devient un homme d'affaires et un financier reconnu aux USA créant même une banque, la Bancamerica à San Francisco qui s'avéra être un échec financier sévère.

Jean Monnet et les États Unis …d’Europe

La seconde guerre mondiale et le réseau qu'il a su tisser dans le monde anglo-saxon lui permettent alors de jouer un rôle de coordination dans l'effort de guerre franco-anglais puis anglo-américain ; il est un interlocuteur privilégié de Roosevelt et, avec De Gaulle, il représente ce qui reste de la permanence de l'Etat français.

Les conceptions des deux hommes sont cependant radicalement différentes concernant l'avenir de la souveraineté de la France que Monnet veut fondre dans une union d'Etats européens. Dans une note confidentielle adressée à Roosevelt et relative à De Gaulle il écrit "qu'il est un ennemi de la construction européenne, qu'en conséquence il doit être détruit (sic) dans l'intérêt des Français." Les deux hommes devront composer avec les circonstances et, après la Libération, Jean Monnet devient Commissaire au plan jusqu'en 1952.

Il œuvre alors au rapprochement franco-allemand, en liaison avec Adenauer et les Américains en la personne de l'ambassadeur David Bruce, avec l'objectif permanent d'une fédération européenne ancrée dans le camp atlantiste mais toujours avec la méthode Monnet : réseaux d'influence et recherche de bons relais susceptibles de faire avancer ses objectifs.

Ainsi est-il à l'origine de la fameuse déclaration Schuman (en accord avec Adenauer) qui aboutit ensuite au traité de Paris en 1951 créant la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier, CECA. Jean Monnet devient en 1952 le premier président de la Haute Autorité de la CECA, ébauche de la future Commission européenne ; il démissionne en 1955 suite à l'échec de son projet de Communauté Européenne de Défense (CED également prônée par les USA) mais poursuit ses objectifs et fonde le Comité d'Action pour les Etats Unis d'Europe. Ses efforts aboutissent au Traité de Rome en 1957 et à la création de la communauté économique européenne, CEE et de l'Euratom.

Le retour au pouvoir du Général de Gaulle en 1958 vient geler les objectifs de Monnet mais il continue cependant son travail d'influence et de réseau en faveur d'une Europe supranationale et d'une intégration économique et monétaire par la méthode des petits pas, donnant à chaque fois des délégations de pouvoirs essentiels à des organisations supranationales. Le Comité d'Action pour les Etats Unis d'Europe devient alors une officine d'influence mais aussi une sorte de contre-gouvernement de l'Europe fédérale.

Le Comité se veut une instance représentative des partis et syndicats qu'on pourrait qualifier aujourd'hui de socio-démocrates atlantistes comme on peut le voir dans ce lien vers une étude sur le Comité Monnet.

Des personnalités politiques influentes ont pu ainsi y siéger tels Guy Mollet, Amintore Fanfani, Kurt Kiesinger, Théo Lefèvre, Maurice Faure, René Pleven, mais aussi Willy Brandt, Helmut Schmidt, Edward Heath, V. Giscard d'Estaing. On peut trouver de précieuses informations sur l'action de Jean Monnet dans le livre "Jean Monnet L'Europe et les chemins de la Paix" publié sous la direction de Gérard Bossuat et Andréas Wilkens.

Ainsi retrouve-t-on autour de l'œuvre de Monnet la plupart des figures qui ont compté dans l'Europe occidentale de la deuxième moitié du XXème siècle. Dans la préface du Livre de Pascal Fontaine " Jean Monnet, l'Inspirateur" chez Grancher- Paris, J. Delors écrit en 1988 : "(Jean Monnet) ce visionnaire pragmatique" ; la même année Mitterrand décide le transfert des cendres de Monnet au Panthéon.

Le Chancelier Allemand H. Schmidt a pu déclarer dans le livre "Jean Monnet L'Europe et les chemins de la Paix" : "Au cours de mon existence, j'ai eu la chance de rencontrer de nombreux amis en France. En tout premier lieu, je nommerai naturellement Valéry Giscard d'Estaing, mais aussi Raymond Barre, et François Mitterrand, et Jacques Delors. J'ai éprouvé un grand respect pour Robert Marjolin dans les années soixante et soixante-dix. Mais le premier Français dont j'ai fait la connaissance, ce fut Jean Monnet.".

Monnet et les Etats Unis... d'Europe

Monnet et les Etats Unis... d'Europe

Jean Monnet : un atlantisme historique dans un contexte de Guerre froide

Au sortir de la deuxième guerre mondiale et dans le contexte de la Guerre froide le projet de Monnet s'inscrivait dans un atlantisme de bon aloi et prêtait une attention toute particulière à la préservation de l'équilibre France-Allemagne et à la nécessité d'un développement économique synchrone des deux pays. Dans ce cadre là, le soutien politique et financier plus ou moins indirect des Américains n'était pas surprenant mais le Général de Gaulle n'hésitait pas dans les périodes de tension à parler du parti de l'Etranger à propos des fédéralistes.

On peut lire dans l'ouvrage
"Jean Monnet L'Europe et les chemins de la Paix" au chapitre "De l'usage de l'Amérique":

"Sous l'administration Eisenhower, Monnet dispose d'un réseau impressionnant de connaissances et amis tant dans les hautes sphères du gouvernement américain qu'à des niveaux moins élevés. La galaxie américaine Monnet s'étend d'ailleurs bien au delà de l'administration américaine notamment dans le milieu des affaires. Monnet peut non seulement compter sur Eisenhower, John Foster Dulles et son frère Allen, lui aussi très proche de Monnet et qui dirige à présent la CIA, sur Robert Bowic, qui dirige le Policy Planning Staff au Département d'État, sur le sous-secrétaire d'État Walter Bedell Smith ou l'assistant du secrétaire pour les affaires européennes Livingston Merchant mais encore, en Europe, sur ses fidèles amis Bruce et Tomlinson et le Consul américain à l'Ambassade. Stanley Cleveland. ainsi que, par exemple, sur des banquiers et lawyers influents tels que John McCloy, qui dirige à présent la Chase National Bank à New York, et George Bail, qui sera fréquemment utile à Monnet."

Parmi les donateurs du Comité d'Action on peut trouver des industriels tels Giovanni Agnelli, le directeur administratif de FIAT, la Fondation Ford, Shell, Unilever, British Aircraft , British Steel et quelques groupes industriels allemands.

A la même époque les services américains soutenaient par ailleurs de nombreuses organisations pouvant contrarier ou combattre les avancées possibles du camp communiste.

Ainsi le futur syndicat FO est-il alors soutenu financièrement par l'entremise des syndicats américains du Free Trade Union Committee et d'Irving Brown de la CIA.

Le projet de Joseph Retinger, diplomate polonais émigré d'Europe de l'Est, de créer une Commission d 'Europe Centrale et Orientale regroupant des émigrés de ces pays reçoit des soutiens des USA via les fondations Ford ou Rockefeller. Avec Paul van Zeeland et Paul-Henri Spaak, Joseph Retinger est à l'origine des réunions du Groupe d'influence Bilderberg en 1952 ; Guy Mollet et Antoine Pinay représentaient la France lors de la première réunion.

La Commission Trilatérale se crée un peu plus tard en 1973, après la crise du dollar et le choc pétrolier, à l'initiative de quelques dirigeants du groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations, parmi lesquels David Rockefeller, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski. La Trilatérale se propose de réunir régulièrement des personnalités influentes des trois régions industrielles Amérique-Europe-Japon afin d'harmoniser les relations entre les démocraties développées du "monde libre". La question peut se poser sur le fait que la Trilatérale puisse constituer une approche alternative à celle du Club de Rome dont le premier rapport alarmiste de 1972 avait fait sensation ou si les deux organisations s'inscrivent dans un projet mondialiste commun.

Ce monde d'avant la Chute du Mur porte donc en germe toutes les évolutions futures de la Globalisation et il est travaillé par les luttes intestines est-ouest et la volonté des libéraux américains de réduire le pouvoir d'influence des idéologies marxistes dans le monde culturel et intellectuel européen.

Les mises en place de la mondialisation ou de la construction européenne se font ainsi suivant le même schéma des petits pas et la même méthode que celle de Monnet avec des délégations de souveraineté remises à des organismes technocratiques indépendants. Il s'agit d'éviter la confrontation directe d'un projet détaillé avec les aléas d'un vote démocratique. Ces méthodes portent en elles les germes de leur échec futur comme le déclarait Dominique Strauss-Kahn dans un rapport remis à Romano Prodi en mars 2004 :

« Aujourd'hui la méthode Monnet est arrivée à épuisement. Le déséquilibre qu'elle a généré - des compétences politiques de plus en plus importantes confiées à une institution de nature technique - provoque une crise institutionnelle profonde : l'Union européenne est malade de son déficit démocratique. »

On peut ajouter que ce fonctionnement de nature oligarchique et ce manque de confrontation aux débats démocratiques ne peut que conduire à de graves dysfonctionnements.

Pour la France ces évolutions vont être particulièrement renforcées par les liens puissants tissés depuis Colbert, puis Napoléon entre la Haute Administration d'Etat et les Grandes Entreprises. Les rouages essentiels en sont d'une part l'efficacité d'une administration maillant tout le territoire et d'autre part le système Grandes Ecoles-ENA forgé ensuite sous l'égide des Hussards de la République et du dirigisme d'Etat.

Dans le contexte d’un libéralisme importé de plus en plus présent, cette interpénétration Grandes Ecoles-ENA, Entreprises-Administration va se révéler particulièrement déstabilisatrice pour l’Economie française.

De Gaulle et l'Europe

De Gaulle et l'Europe

De Gaulle, l’Europe et les Américains…

Indépendance nationale : la France, puissance tierce entre USA et URSS

Dès la Libération, le Général de Gaulle ne voulut pas se ranger dans une politique d’alignement atlantique systématique. Pour lui, la France, entre l'Amérique et la Russie, devait être « un lien et non pas un enjeu ». Il précise dans un message public du 17 novembre 1945 qu'il fallait mener : « une politique française d'équilibre entre deux très grandes puissances, politique que je crois absolument nécessaire pour l'intérêt du pays et même pour celui de la paix. »

Retrait de la structure militaire de l’OTAN

Le 7 mars 1966, Maurice Couve de Murville remit à l'ambassadeur américain Charles Bohlen une lettre manuscrite du général de Gaulle au président Johnson. Il lui annonçait que la France, sans dénoncer le traité instituant l'Alliance atlantique, avait décidé « de recouvrer sur son territoire l'ancien exercice de sa souveraineté, actuellement entamée par la présence permanente d'éléments militaires alliés ou par l'utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l'OTAN. » États-majors, services et forces de l'OTAN avaient un an pour évacuer leurs 30 bases militaires, leurs 27 000 soldats et leurs 37 000 employés civils.

http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/de-gaulle-et-le-monde/de-gaulle-et-les-etats-unis/analyses/le-general-de-gaulle-et-les-etats-unis.php

On peut rappeler ici que c’est Mitterrand qui accepta de revenir ponctuellement sous bannière et commandement intégré de l’OTAN lors des interventions militaires en ex Yougoslavie ; C’est Sarkozy qui, lance la procédure de réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN mettant fin le 17 mars 2009 à la décision de sortie du Général, 43 ans après, à 10 jours près

Le couple Franco-Allemand, un ménage à trois ?

Le général De Gaulle est à l’origine du Traité de l’Elysée suite à un contact direct avec Adenauer ; Il s’agit de consolider les relations de travail et la gouvernance entre les deux nations du couple Franco-Allemand, architecte de la construction européenne. Il s’agit pour le Général de traduire dans les pratiques des exécutifs une réelle coopération et une coordination interministérielle dans les domaines des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Éducation et la Jeunesse.

À la suite de la déclaration commune du président de la République française et du Chancelier de la République fédérale d’Allemagne en date du 22 janvier 1963, sur l’organisation et les principes de la coopération entre les deux États, les dispositions suivantes ont été agréées dans le Traité de l’Elysée .

http://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_l%27%C3%89lys%C3%A9e

signature du traité de l'Elysée

signature du traité de l'Elysée

Le Bundestag ratifie le Traité mais rappelle dans le Préambule quels sont les buts principaux de l’Allemagne:

PRÉAMBULE À LA LOI PORTANT RATIFICATION DU TRAITÉ FRANCO-ALLEMAND VOTÉ PAR LE BUNDESTAG (Bonn, 15 juin 1963)…

« Manifestant la volonté de diriger l’application de ce traité vers les principaux buts que la République fédérale d’Allemagne poursuit depuis des années en union avec ses autres alliés et qui déterminent sa politique, à savoir:

  • le maintien et le renforcement de l’Alliance des peuples libres et, en particulier, une étroite association entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique,
  • l’obtention du droit d’autodétermination pour le peuple allemand et le rétablissement de l’unité allemande
  • la défense commune dans le cadre de l’Alliance de l’Atlantique nord et l’intégration des forces armées des États membres du pacte
  • l’unification de l’Europe selon la voie tracée par la création des Communautés européennes, en y admettant la Grande-Bretagne et les autres États désirant s’y joindre et le renforcement des Communautés existantes
  • l’abaissement des barrières douanières par des négociations entre la Communauté économique européenne, la Grande-Bretagne et les États-Unis d’Amérique, ainsi que d’autres États, dans le cadre du GATT… »

Il s’agit là d’une affirmation très claire de la volonté géopolitique allemande de s’inscrire dans un projet européen atlantiste à l’opposé de la vision gaullienne.

Trois ans plus tard, De Gaulle ne pouvait que constater amèrement que l’Allemagne avait privilégié le lien Atlantique plutôt que le couple Franco-Allemand.

« Ce n'est pas notre fait si les liens préférentiels, contractés en dehors de nous et sans cesse resserrés par Bonn et Washington, ont privé d'inspiration et de substance cet accord franco-allemand. »28/10/66

De Gaulle et l’Impérialisme américain

L’extrait ci-dessous est tiré du tome 2 de l’ouvrage « C’était de Gaulle », d’Alain Peyrefitte, paru en 1997 chez Fayard (Editions de Fallois), page 17, janvier 1963.

« Le grand problème, maintenant que l’affaire d’Algérie est réglée, c’est l’impérialisme américain. Le problème est en nous, parmi nos couches dirigeantes, parmi celles des pays voisins. Il est dans les têtes. »

Après le Conseil, le Général me dit : « Les Européens n'auront pas recouvré leur dignité, tant qu'ils continueront à se ruer à Washington pour y prendre leurs ordres. »

« On a donc vu nombre d'esprits, souvent d'ailleurs valables et sincères, préconiser pour l'Europe, non point une politique indépendante, qu'en vérité ils n'imaginent pas, mais une organisation inapte à en avoir une, rattachée dans ce domaine, comme dans celui de la défense et celui de l'économie, à un système atlantique, c'est-à-dire américain, et subordonnée, par conséquent, à ce que les Etats-Unis appellent leur « leadership » »

« Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « l'Europe ! », « l'Europe ! », « l'Europe ! » mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien.(décembre 65) ».

Cette méfiance du Général par rapport à nos alliés américains et son irritation envers l’atlantisme excessif-selon lui-d’une partie des élites françaises n’étaient vraiment pas partagées par l’un de ses successeurs, Valery Giscard d’Estaing.

French American Foundation : FAF

Valery Giscard d’Estaing trouvait sans doute que la France n’était pas assez proche du Rêve Américain. Aussi lança-il-en mai 1976 l’idée de la Création de la French-American Foundation, à Washington, en compagnie du Président américain Ford et du Secrétaire d’Etat Kissinger. On se souviendra que cette période a été une période de doute pour le camp occidental : choc pétrolier, guerre du Kippour, interrogation sur le modèle de développement et la croissance avec le Club de Rome, défaite militaire des Américains au Vietnam. C’est en 1973 que se crée d’ailleurs la Commission Trilatérale à l'initiative des principaux dirigeants du groupe Bilderberg et du Council on Foreign Relations, parmi lesquels David Rockefeller, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski

http://fr.wikipedia.org/wiki/French-American_Foundation

Les textes officiels de la FAF définissent sa mission : « L’objectif de la Fondation franco-américaine est de renforcer la relation franco-américaine considérée comme un élément essentiel du partenariat transatlantique. »

Adoubement des « Young Leaders »

Une des activités de la FAF consistent à sélectionner chaque année une liste de vingt « Young Leaders », dix français et dix américains, pour leur capacité à renforcer le partenariat transatlantique et leur potentialité à jouer des rôles de premier plan dans leurs pays respectifs. Les futurs Young Leaders doivent justifier de leurs qualités et de leurs ambitions lors d’entretiens avec des responsables de la Fondation. Ils doivent donc justifier d’un atlantisme bien marqué. Les milieux ciblés sont la Politique, les Medias, l’Université, l’Economie.

Voilà qui justifie largement le constat du Général de Gaulle rappelé plus haut : .« Le grand problème, maintenant que l’affaire d’Algérie est réglée, c’est l’impérialisme américain. Le problème est en nous, parmi nos couches dirigeantes, parmi celles des pays voisins. Il est dans les têtes. »

young leaders de choc

young leaders de choc

La liste des Young Leaders français recrutés depuis est assez éloquente et explique dans une large mesure la Genèse de ce que l’on appelle communément : « la Pensée Unique ».

  • Young Leaders français recrutés à gauche :

Frédérique Bredin, François Hollande, Anne Lauvergeon, Bruno Le Roux, Arnaud Montebourg, Aquilino Morelle, Pierre Moscovici, Alain Richard, Marisol Touraine, Najat Vallaud-Belkacem, Fleur Pellerin

  • Young Leaders français recrutés à droite :

Nicolas Bazire, Jérôme Chartier, Yves Censi, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, François Léotard, Emmanuelle Mignon, Eric Raoult, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, …Nicolas Dupont Aignan

  • Young Leaders dans les médias :

Alexandre Bompard, Hedwige Chevrillon, Jérôme Clément, Annick Cojean, Jean-Marie Colombani, Emmanuel Chain, Matthieu Croissandeau, Louis Dreyfus, David Fontaine, François Dufour, Stéphane Fouks, Bernard Guetta, Sylvie Kauffmann, Yves de Kerdrel, David Kessler, Laurent Joffrin, Philippe Manière, Dominique Nora, Olivier Nora, Christine Ockrent, Denis Olivennes, Pascal Riché, Thierry Pfister, Mathieu Pigasse, …

  • Young Leaders économistes :

Philippe Askenazy, Guy Sorman, …

  • Young Leaders dans la finance : Bertrand Badré, Henri de Castries, Hakim El Karoui, Pierre Mariani, Alain Minc, Mathieu Pigasse, …
  • Young Leaders dans l’université :

Eric Fassin, Jean-Noël Jeanneney, Yves Lichtenberger, …

  • Young Leaders français 2013
  • Julien Aubert, député [UMP] du Vaucluse, Assemblée nationale
    Jérôme Chapuis, rédacteur en chef adjoint, RTL
    Benoît Claveranne, directeur général, AXA Prévoyance et Patrimoine, AXA France
    Matthias Fekl, député [PS] de Lot-et-Garonne, Assemblée nationale [rapporteur de la loi sur le mariage homosexuel, ndlr]
    Caroline Flaissier, Director of Procurement and Portfolio Management, TOTAL Énergie Gaz
    Renaud Guidée, Executive Director, Goldman Sachs
    Vincent Menuet, Head of Contracts and Marketing, Customer Services, Airbus
    Capitaine de frégate Philippe Naudet, commandant le sous-marin nucléaire d’attaque Améthyste
    Estelle Pietrzyk, directrice, Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg
    Silvano Sansoni, Director of Public Sector, IBM France
    Vanessa Scherrer, directrice adjointe, École des affaires internationales, Sciences Po Paris
    Leslie Serrero, Vice-President Operational Marketing, Christian Dior Couture
    Myrto Tripathi, New Builds Reactors, Offer Director, AREVA.
  • Young leaders 2012:
Des sources de l’UE au Partenariat transatlantique…De Charybde en Scylla

On peut trouver ici une liste plus exhaustive des Young Leaders depuis 1981 sur un fichier pdf

liste des young Leaders français

On peut lire ici dans cet article d'Atlantico à quel point le gouvernement de François Hollande est marqué par ce programme Young Leaders.

http://www.atlantico.fr/decryptage/gouvernement-hollande-formation-plus-atlantiste-qu-on-pourrait-croire-benjamin-dormann-366638.html

Liste de membres français de la Trilatérale

En lien avec la FAF et l’atlantisme, il est intéressant de noter l’influence de la Trilatérale sur les élites politiques françaises.

Membres français actuels ou passés de la Trilatérale : VGE, Barre, Delors, Trichet, Guigou, Copé, Adler, Moïsi, Beytout, Patrick Devedjian, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, Pierre Lellouche et François Bayrou font ou on fait partie de la Trilatérale.

Voici la liste du bureau exécutif actuel de la Trilatérale.

JEAN-CLAUDE TRICHET European Chairman ; VLADIMIR DLOUHY European Deputy Chairman ;

MICHAEL FUCHS European Deputy Chairman ; PETER SI THERLAND European Honorary Chairman ;

JOSEPH S. NYE, JR. North American Chairman ; JIM PRENTICE North American ; Deputy Chairman ;

JAIME SERRA North American Deputy Chairman ; DAVID ROCKEFELLER Founder and Honorary Chairman ;

GEORGES BERTHOIN European Honorary Chairman ; YASUCHIKA HASEGAWA Asia Pacific Chairman ;

HONG SeokHyun Asia Pacific Deputy Chairman ; JUSUF WANANDI Asia Pacific Deputy Chairman ;

MARIO MONTI European Honorary Chairman, PAUL A. VOLCKER North American Honorary Chairman ;

Partenariat Germano-Américain

Partenariat Germano-Américain

Le Partenariat Germano-Américain de 2004

Par ailleurs, voici dix ans – c’était le 27 février 2004 -, le chancelier d’Allemagne Gerhard Schröder se rendit à Washington pour signer, avec le président américain George W. Bush, un document capital baptisé « Alliance germano-américaine pour le XXIe siècle ».

http://georgewbush-whitehouse.archives.gov/news/releases/2004/02/20040227-10.html

traduction de l’auteur

« Nous devons construire un vrai Partenariat Europe -Amérique en liaison avec le Grand Moyen-Orient pour que les pays et peuples de la région puissent coopérer et vivre côte à côte en paix et poursuivre des politiques justes et légitimes. Ensemble, avec nos amis et alliés en Europe et avec le Grand Moyen-Orient, nous devons étudier attentivement les besoins de réforme dans la région et faire des propositions spécifiques à soumettre aux prochaines réunions du G8, des sommets U.S.-EU et de l'OTAN, qui seront tenus en juin 2004... »

« Nous confirmons que notre engagement à l'OTAN est le point d’ancrage de notre défense collective et constitue un forum essentiel pour les discussions transatlantiques. Nous soutenons la poursuite du processus d’Elargissement Européen et soulignons l'importance pour l'Europe et l'Amérique de travailler ensemble au sein d’une communauté de valeurs. Nous saluons l'élargissement historique à la fois de l'OTAN et de l'Union Européenne, qui survient ce printemps, effaçant un peu plus des décades de division en Europe. »

(En mai 2004, entrée de 10 nouveaux membres dans l'Union européenne : Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Malte et Chypre).

Voilà un texte qui montre sans ambigüité que la construction Européenne est davantage dirigée par le couple Germano-américain que par le couple franco-allemand. On y voit apparaitre un projet de partenariat UE-US-Grand Moyen Orient qui sera repris en 2008 par le projet d’Union Pour la Méditerranée (UPM) de N.Sarkozy.

http://www.diploweb.com/forum/hillard3.htm

L’Europe et les USA vues par le grand spécialiste et acteur de la géopolitique Américaine, Zbigniew Brzezinski

Zbigniew Brzezinski a été conseiller à la sécurité nationale du Président des États-Unis Jimmy Carter. En tant que tel, il a été un artisan majeur de la politique étrangère de Washington, soutenant alors une politique plus agressive vis-à-vis de l'URSS qui mettrait à la fois l'accent sur le réarmement des États-Unis et l'utilisation des droits de l'homme contre Moscou.

Il a aussi été membre du comité directeur d'Amnesty International, du Conseil des relations étrangères (CFR), de l'Atlantic Council et du National Endowment for Democracy (NED). Il a conseillé également Georges Bush père et puis a travaillé de 1987 à 1988 sur la Commission mixte du Conseil de sécurité nationale et du Département de la Défense sur la stratégie à long terme des États-Unis. De 1987 à 1989, il fait partie du Conseil du renseignement extérieur pour le président (PFIAB).

Il a été nommé conseiller aux affaires étrangères par Barack Obama lors de sa campagne présidentielle. Il a écrit le livre « Le grand Échiquier » en 1997 (version française chez Hachette). Toutes les citations qui suivent sont extraites de ce livre. Les titres et sous-titres sont également extraits du livre.

La fin du présent texte permet de bien comprendre les dessous géopolitiques de la crise actuelle en Ukraine et de réaliser que l'histoire n'est pas que le fruit du hasard mais obéit à des logiques d'intérêt froidement et longuement réfléchies.

http://environnement.geopolitique.over-blog.fr/2014/03/analyse-de-la-politique-americaine-par-z-brezinski-l-imperialisme-americain-vu-de-l-interieur.html

Le système global de l’Amérique

ZB explique en quoi consiste « Le système global de l’Amérique » : « La puissance globale américaine repose sur un système planétaire de conception originale, qui reflète l'expérience nationale des États-Unis. Le pluralisme de la société et du système politique est la clé de cette expérience. » .

« La domination culturelle des États-Unis a jusqu'à présent été un aspect sous-estimé de sa puissance globale »… « Les programmes américains alimentent les trois quarts du marché mondial de la télévision et du cinéma ».. . « À l'attrait que présentent le système politique américain et son influence, vient s'ajouter la séduction exercée par le modèle de la libre entreprise et ses corollaires : le libre échange et la concurrence… A mesure que ce modèle gagne du terrain dans le monde il crée un contexte propice à l'exercice indirect et apparemment consensuel de l'hégémonie américaine. »

« Le FMI et la Banque mondiale servent par définition des intérêts « globaux » et leur sphère d'intervention s'étend à la planète. En réalité, l'Amérique y joue un rôle prépondérant, et elle a été à l'origine de leur création »

« Ainsi, la suprématie américaine a engendré un nouvel ordre international qui reproduit et institutionnalise, a travers le monde, de nombreux aspects du système politique américain.
Ses principales caractéristiques sont les suivantes :

-un système de sécurité collective doté de forces et d'un commandement intégrés (OTAN, Traité de sécurité américano-japonais, etc.) :

-des organismes de coopération économique régionale (Alena. APEC, etc.) et des institutions de coopération mondiale (Banque mondiale, FMI, OMC) ;-une recherche du consensus dans les décisions, même si les procédures sont dominées, de fait, par les États-Unis ; »

L’Europe, objectif central de l'Amérique

« Surtout, l'Europe est la tête de pont géostratégique fondamentale de l'Amérique… Pour le dire sans détour, l'Europe de l'Ouest reste dans une large mesure un protectorat américain et ses Etats rappellent ce qu'étaient jadis les vassaux et les tributaires des anciens empires. »

« En conséquence, l'objectif géostratégique central de l'Amérique en Europe peut se résumer très simplement : elle vise à consolider, grâce a un partenariat transatlantique plus équilibré, sa tête de pont sur le continent eurasien… »

« Pour l'Amérique, l'enjeu géopolitique principal est l'Eurasie. » « L'Eurasie demeure, en conséquence, l'échiquier sur lequel se déroule le combat pour la primauté globale. »

« En aucun cas, l'Amérique ne devrait donner l‘impression que sa préférence va à une association relativement lâche formée par le plus grand nombre possible d'Etats européens. »

« L'Ukraine constitue cependant l'enjeu essentiel. Le processus d'expansion de l'Union européenne et de l'OTAN est en cours. Bien que l'échéance soit encore lointaine, l'Ouest pourrait dès à présent annoncer que la décennie 2005-2015 devrait permettre d'impulser ce processus »

France ? Allemagne ? Le choix de l’oncle Sam

« On le voit, la question ne saurait se résumer à choisir entre la France et l'Allemagne. Sans l'un ou l'autre de ces deux acteurs, l'Europe n'existera pas. »… « Les élites politiques françaises ne peuvent ni ne veulent se défaire d'une illusion : elles cultivent, jusqu'à l'obsession, la certitude que le pays demeure une puissance mondiale ».

« A court terme, il est justifié de s'opposer tactiquement aux positions françaises et de soutenir le leadership allemand. » … « Dans cette perspective, l'Allemagne pourvoit aux investissements et à la revitalisation des échanges commerciaux, et se fait le champion de la future intégration de la région au sein de l'Union européenne et de l'OTAN »... « Aujourd'hui, les intérêts de l'Allemagne convergent – et même s'identifient - avec ceux de l'Union européenne et de l'OTAN »… « Quoi qu'il en soit, avec ce débat, l'Allemagne apparaît comme l'apôtre indiscuté d'une Europe plus étendue et plus unie »... « De ce point de vue, une collaboration étroite entre l'Amérique et l'Allemagne est nécessaire pour élargir l'Europe vers l'Est ».

L’Europe Germano-Américaine :

Les analyses de Brzezinski viennent conforter entièrement l’analyse sur le leadership allemand dans la conduite de l’élargissement européen vers l’Europe Centrale ainsi que sur le renoncement et sur l’incapacité des élites françaises à élaborer une vision géopolitique indépendante de celle des Américains.

On ne peut malheureusement que constater la pertinence et l’actualité de ces analyses établies pourtant en 1997 ; c’est aussi la force des USA d’avoir une analyse géopolitique de long terme qui fait cruellement défaut chez la plupart des élites dirigeantes françaises parfois bien aveuglées par une tentation universaliste trop naïve.

Il est assez symptomatique à ce sujet de constater que de nombreux français ont pourtant occupé des fonctions prestigieuses à la tête d’institutions internationales : J.Delors à la Commission Européenne, J.de Larosière, M.Camdessus, DSK, C. Lagarde au FMI, P. Lamy à l’OMC, J.C. Trichet à la BCE.

On doit d’ailleurs constater que parmi ces personnages, certains sont des socialistes ou des chrétiens militants ce qui ne les a pas empêchés de jouer des rôles très actifs pour la propagation de la mondialisation libérale dérégulée.

La victoire du Non au référendum constitutionnel européen de 2005 contre l’immense majorité des élites politiques, économiques et médiatiques françaises, puis le passage en force du traité de Lisbonne par la suite montrent à quel point ces élites semblent ignorer les réalités géopolitiques fondamentales énoncées par Brzezinski alors que globalement le peuple français les a clairement pressenties.

Dans ces conditions les discussions sur le Partenariat Transatlantique ne devraient pas poser trop de problèmes pour le couple Germano-américain. A moins qu’un grand débat public ne vienne fausser tous ces arrangements entre Amis.

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Du Grand Marché Transatlantique au Réchauffement Climatique… Toujours plus !

Deux évènements sont venus se télescoper cette semaine :

  • le jeudi 10 avril, les élites économiques ont pu rencontrer les négociateurs du PTCI (Partenariat Transatlantique de Commerce et D’Investissement) dans les salons du Grand hôtel parisien Shangri-la (moyennant la modique somme de 1500 €) ;
  • Dimanche 13 avril le GIEC a publié à Berlin le troisième volet de son dernier rapport montrant la nécessité d’infléchir rapidement nos émissions de CO2 si on veut éviter un réchauffement catastrophique en 2100 pour nos enfants et petits enfants.

On peut lire dans un article du blog environnement-géopolitique tout un argumentaire détaillé sur les dangers et autres perversions qui nous menacent si nous adoptons ce partenariat. Il est d’ailleurs assez amusant que la carotte agitée par les Ultralibéraux de service pour nous faire gober la mouche consiste en un bonus moyen de 545 € pour l’année pour un ménage de 4 personnes à l’horizon 2027 ; c’est sensiblement la même somme que celle annoncée par PM Valls pour nous vendre son pacte de solidarité !

Cinq cent euros par an, c’est donc, peu ou prou, le prix du Marché pour les droits sociaux d’un ménage de travailleurs de base !

Sauf que PM Valls oublie de nous dire que le coût moyen du pacte de compétitivité par français s’élève à 779 € (50 Mds divisé par 65 M), donc en moyenne à 3116 € pour un couple avec deux enfants.

Tout l’esprit du PTCI se résume presqu’à cette simple équation : moins de règles ou droits, plus de marché.

Déjà le très branché l’Ami Pascal nous propose de nous débarrasser de ce smic obsolète, tueur d’emploi, surtout pour les jeunes. Mieux vaut un p’tit boulot que pas d’boulot du tout, surtout si on réduit les allocs chômage!

Et les médias n’arrêtent pas de nous ressasser le-coût-du-travail, la-nécessaire-compétitivité, le-vieux-modèle-de-l’-état-providence-dépassé, le-ras-le-bol-exil-fiscal, les-réformes-nécessaires-de-l’-état-du-mille-feuilles-territorial-et-des-36000-communes…

Mais jamais aucune argumentation ou étude : compétitif par rapport à qui, sur quel produit, sur quel marché ! Le coût du travail ? Historique, évolution, quelle gestion des entreprises ? Et le coût du capital, de la spéculation ? Le coût fiscal ? Mêmes questions, qui paye, qui ne paye pas ? La réforme de l’état ? Facile à exiger, plus délicate à décrire ?

Le mille feuilles, c’est vite dit, mais chaque niveau fait un travail réel, le plus souvent indispensable ! Qu’importe si on supprime entre 350000 et 500000 emplois comme en Espagne ou au Royaume Uni ! La priorité n’est-elle pas l’emploi comme promis ! On trouvera bien quelques Officines de Conseil pour faire le boulot pour quelques euros de plus et on pourra toujours les délocaliser un peu plus tard.

Les trente six mille communes coutent trop chers ; encore une idée fausse, le coût par tête est le plus bas pour les communes entre 400 et 500h, il est plus élevé pour les toutes petites communes, les communes les plus chères sont celles de plus de 50000h ; regrouper les communes entrainera en général un surcoût. (BIS bulletin d’informations statistiques N°74 juillet 2010 Réalisé par le Département des études et des statistiques locales de la Direction générale des collectivités locales.) (Par contre cela peut dans certains cas dynamiser un bassin économique).

Pourtant l’ultralibéralisme pur et dur qu’on nous vend depuis trente ans, cela ne marche pas ! Les crises financières succèdent aux crises boursières ou aux crises économiques à raison d’une au moins tous les trois ans. Le chômage n’arrête pas de progresser un peu partout malgré les miracles d’inventivité statistique déployés pour le masquer ; le tissu industriel se délite toujours plus et les dettes explosent inexorablement…

Les inégalités se creusent toujours plus au point que 67 milliardaires possèdent autant que les 3,5 milliards de terriens les plus pauvres. Il faut bien que la libre circulation des capitaux et les immenses baisses d’impôt accordées depuis 1980 profitent au moins à quelques uns !

Le lien social s’étouffe dans l’anomie globale.

Mais cela n’est pas assez encore ! Si cela ne marche pas, c’est que l’on n’est pas allé assez loin dans le libéralisme.

C’est le toujours plus de Marché ! La Pensée Unique, le Marché Unique, l’Europe des Six, des Neuf, des Quinze, des Vingt huit…Cela ne suffit plus, il nous faut le Grand Marché Libre Euraméricain qui viendra enfin libérer la Croissance !

Vingt années d’ALENA, marché libre nord-américain, cela n’a pas marché ! Baisse des salaires, recul social, naufrage de l’agriculture paysanne mexicaine, un million d’emplois perdus dans les restructurations, OGM partout, gaz de schiste, sables bitumineux et pour finir l’explosion de la Finance dans la crise des Subprimes !

Il nous faut aussi l’Ukraine, la Moldavie, la Biélorussie, la Turquie, le Moyen Orient…Face à la baisse tendancielle des taux de marge il ne reste plus que l’espoir fou d’accroître toujours plus l’espace du Marché libre ; la consommation baisse faute de moyens il faut donc augmenter le nombre de consommateurs potentiels…

Pourtant le GIEC sonne l’alarme, le niveau de CO2 n’a jamais augmenté aussi rapidement que cette dernière décennie avec le retour en masse vers le charbon ; on court à grande vitesse vers un emballement climatique catastrophique en fin de siècle !

La population mondiale s’achemine vers les 10 milliards en 2050, chaque jour qui passe ajoute 250000 humains qui devront consommer un peu plus les réserves déjà bien entamées de notre planète.

Au sens propre nous mangeons la planète : pour chaque kilo de nourriture absorbée, en moyenne nous détruisons actuellement entre 6 et 18 kilos de sol arable par stérilisation ou érosion suivant les lieux et les endroits les plus peuplés sont souvent ceux où les dégâts sont les plus sévères ; chaque européen consomme environ 300kg de nourriture par an soit près de deux tonnes de sol arable. (on peut trouver des infos sur le site en anglais)

On perd chaque année sur la planète environ 15 millions d’hectares de terres arables, en raison de l’érosion, de la désertification, de la salinisation et de l’artificialisation. On en gagne à peu près la même quantité, en zone tropicale, mais au détriment de la forêt primaire et le sol se dégrade alors encore plus vite par latérisation.

En raison de l’accroissement démographique, la surface moyenne cultivée disponible par personne suit une courbe à la baisse : 0,32 hectare en 1962, 0,21 hectare en 1998, 0,16 hectare en 2030 (prévision). Pourtant les usages du sol autres qu’alimentaires continuent à progresser : agro-carburants, chimie végétale et aménagement urbain.

Seules de grandes transitions sociales, économiques, énergétiques et démographiques pourraient éviter un effondrement planétaire des sociétés humaines.

Mais ces indispensables transitions sont incompatibles avec l’économie libérale de Marché car elle ne peut fonctionner qu’avec des anticipations continues de croissance indéfinie et ne peut admettre des régulations externes.

L’Europe reste l’une des rares régions du monde occidental potentiellement capable de porter ces transformations.

La signature du PTCI bloquerait toute velléité de réforme pour quelques décennies et bloquerait de fait les espoirs de lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

L’Europe pourrait être porteuse de grands espoirs pour l’espèce humaine si elle voulait sortir de son idéologie ultralibérale pour porter conjointement ces quatre transitions, Initiatives démographique, économique, énergétique et sociale (IDEES). Ce serait alors une Autre Europe! Les élections européennes du 25 mai devraient être l’occasion de mettre ce débat au centre de l’actualité et de voter pour cette autre Europe.

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